L’histoire compte parmi les quelques grandes scènes de genre à figures multiples que Reid a réalisées et qui ont contribué à établir sa réputation d’artiste majeur. Il peint cette œuvre au tournant de 1889 à 1890, dans l’atelier qu’il a construit dans la Toronto Arcade à son retour de Paris avec sa femme Mary Hiester Reid(1854-1921). Son sujet, inspiré des souvenirs d’enfance de l’artiste dans la campagne ontarienne, revient dans plusieurs de ses tableaux de cette période. Par exemple, Forbidden Fruit (Fruit défendu), 1889, montre Reid dans le grenier à foin de la grange familiale en train de lire, en cachette, les contes des Mille et une nuits qu’on lui avait pourtant interdits.

Huile sur toile, 123 x 164,3 cm
Musée des beaux-arts de Winnipeg
Le caractère rural et idyllique des premières peintures de Reid est l’un des principaux facteurs de leur popularité, tant auprès des critiques que du public. À la fin du dix-neuvième siècle, la croissance rapide de Toronto et d’autres villes entraîne une augmentation de la pauvreté urbaine. Les citadin·es pauvres sont confronté·es à la surpopulation et à l’insalubrité, qui engendrent des maladies, ainsi qu’aux conditions épouvantables des usines et des manufactures de misère employant une bonne partie de cette population. En revanche, des images comme L’histoire offrent une vision rassurante de la simplicité et de la salubrité qu’on attribue à la vie à la campagne.
Cette œuvre montre aussi combien Reid s’est amélioré dans sa capacité à fondre ses personnages dans leur environnement. Les garçons semblent enveloppés dans une atmosphère tangible. En comparaison, la femme dans The Call to Dinner (L’appel pour le dîner), 1886-1887, peinte trois ans plus tôt, donne l’impression d’être séparée du paysage, alors qu’elle devrait y être intégrée. L’interaction psychologique entre le garçon conteur et ses quatre auditeurs instaure d’emblée un dialogue humain d’une authenticité plus marquée que dans L’appel pour le dîner. Néanmoins, les quelques défauts de L’histoire, comme le bras gauche trop long du garçon conteur, ne témoignent pas de l’influence des enseignements de Thomas Eakins (1844-1916) sur la précision anatomique, qu’il prônait dans ses cours à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts.
Dès le premier jour de son exposition publique, en février 1890, L’histoire est un succès. Reid projette de l’exposer au printemps, au Salon parisien, où il a présenté deux tableaux l’année précédente. Pendant que les frères Matthew de Toronto, des marchands d’art, construisent la caisse pour expédier l’œuvre à Paris, ils exposent celle-ci dans la vitrine de leur commerce; c’est là que l’homme d’affaires et politicien E. B. Osler la voit et l’achète pour 1 000 dollars. Quelques semaines plus tard, lorsque la toile L’histoire est accrochée au Salon, son sujet attrayant, la sophistication de la technique du peintre et l’habituelle popularité des grandes peintures de genre dans cette exposition contribuent à consolider la réputation de Reid, qui devient ainsi un représentant majeur de ce type de scènes canadiennes.
Cette rubrique en vedette est tirée de l’ouvrage George Agnew Reid : sa vie et son œuvre écrit par Brian Foss.
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