La renommée de Jack Chambers (1931-1978), artiste originaire de London, Ontario, comme peintre et cinéaste, reste inégalée au Canada, où il est estimé à bon droit comme un professionnel de grande envergure et un expérimentateur technique et thématique intransigeant. En outre, son essai théorique, Perceptual Realism, 1969, reste une pierre de touche dans les débats sur le régionalisme, la perception et le spirituel dans l’art.

Jack Chambers, 401 Towards London No. 1 (La 401 vers London nº 1), 1968-1969
Huile sur bois, 183 x 244 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto
Important théoricien de l’art, quoique difficile à lire, Chambers croit qu’il faut établir des distinctions entre les genres de réalisme et que sa propre approche est unique. Il élabore sa théorie en s’inspirant de son œuvre et donne comme exemple La 401 vers London no 1 et Sunday Morning No. 2 (Dimanche matin no 2), tous deux commencés en 1968 et achevés, comme l’essai Perceptual Realism, en 1969, après la découverte qu’il est atteint de leucémie. Pour Chambers, le réalisme perceptuel est un nouveau genre de réalisme, qui va à l’essence de la matière au moyen de la lumière et du matériau.

Jack Chambers, études photographiques pour 401 Towards London No. 2 (La 401 vers London no 2), 1968 (inachevée), et 401 Towards London No. 1 (La 401 vers London no 1), 1968-1969
Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto
Les descriptions qu’il en fait versent dans la poésie : le perceptualisme est « la faculté de la vision intime où l’objet paraît dans la splendeur de son anonymat essentiel. » En même temps, le réalisme perceptuel se fait substantiel et visible, car Chambers dépend de sa pratique de photographie amatrice pour obtenir les bons détails perceptuels et pour avoir le temps de produire ses grands tableaux. Il prenait constamment des photos, et pourtant il ne s’est jamais considéré comme un photographe. La sublime irréalité qui émane de ses peintures est le fruit de la distance qu’il conserve vis-à-vis de la précision mécanique de la photographie. La photographie est un outil; la peinture et le cinéma sont les véhicules de l’illumination spirituelle.

Jack Chambers, Indian Drawing No. 12 (Dessin indien no 12), 1975
Mine de plomb sur papier, 22,2 x 22,4 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto
Chambers raffine son perceptualisme jusqu’à sa mort en 1978; ses œuvres tardives sur le lac Huron en sont d’excellents exemples. Il travaille également à des films, surtout à C.C.C.I., 1970, inachevé, mais qu’il a présenté en privé. Durant les années 1970, il voyage beaucoup et partout, à la recherche d’un remède contre sa maladie, en quête de consolation spirituelle. Il voyage aussi dans le cadre de son travail pour la Canadian Artists’ Representation (CAR, qui deviendra plus tard CARFAC, avec l’ajout de son équivalent de langue française, Le Front des artistes canadiens), qu’il fonde avec ses camarades artistes de London Tony Urquhart (né en 1934), Kim Ondaatje (née en 1928), Greg Curnoe (1936-1992) et Ron Martin (né en 1943), pour instaurer un système de gestion des droits d’auteur des artistes. En 1975, à Bangalore en Inde où il suit les enseignements du gourou indien Sai Baba pendant quelques mois, il travaille avec les matériaux disponibles : crayon, craie et papier.

Jack Chambers, Lake Huron No. 1 (Lac Huron no 1), 1970-1971
Huile sur bois, 186 x 185 cm, Museum London
La maladie de Chambers le pousse à se concentrer sur le caractère miraculeux de la vie et l’importance du quotidien. Malgré la fragilité et l’évanescence de son état de santé, ces dessins et d’autres qu’il réalise durant les dernières années de sa vie annoncent un nouveau style spontané, en harmonie malgré tout avec ses précédents travaux plus vigoureux sur la lumière, le mouvement et l’intimité. Pour Chambers, le réalisme perceptuel est une réflexion approfondie sur l’expérience sensorielle primaire, non sa simple reproduction.
Cet essai est extrait de Jack Chambers : sa vie et son œuvre par Mark A. Cheetham.
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