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Hannah Hatherly Maynard (1834-1918) se lance dans l’apprentissage de la photographie après avoir émigré d’Angleterre à Bowmanville, en Ontario. En 1862, elle déménage à Victoria, en Colombie-Britannique, où elle ouvre son propre studio, qui connaît un grand succès. Des bébés aux prisonniers, des tableaux vivants fantaisistes aux portraits de famille dignes : pendant près de cinquante ans, le studio de Maynard immortalise la dynamique ville de Victoria et sa population en pleine croissance. De plus, le studio permet à Maynard de s’adonner à la photographie en tant qu’art ainsi que de découvrir et d’explorer les innovations photographiques de son temps. Maynard réalise extrêmement ludiques et d’une grande habileté technique qui, à la fin du dix-neuvième siècle, lui permettent de se distinguer des photographes de studio du Canada et d’ailleurs.

 

 

Page tirée de l’album photographique de la famille Maynard, détail, v.1874-1892, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
A black and white photo of a coastline.
Scène côtière à Bude, en Cornouailles, v.1899, reproduite dans A Book of the West: Being an Introduction to Devon and Cornwall, volume 2, de Sabine Baring-Gould, Londres, Methuen & Co, 1899.

La photographe et le cordonnier

Hannah Hatherly (qui devient plus tard Hatherly Maynard) est née le 17 janvier 1834 à Bude, en Cornouailles, une ville située au bord de la mer Celtique, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Autrefois un port en activité, Bude se transforme en destination touristique prisée pour les excursions à la plage à l’époque victorienne. La famille d’Hannah appartient à la classe moyenne. Lors du recensement de 1851, son père, John, est inscrit comme capitaine au long cours, le rang le plus élevé parmi les permis de navigation pour les navires marchands. La jeune Hannah fait la connaissance de Richard Maynard (1832-1907) qui, selon le même recensement de 1851, est un cordonnier vivant avec son père, Thomas, également cordonnier, à un peu plus de deux kilomètres à l’intérieur des terres, dans la ville voisine de Stratton. Hannah et Richard se marient le 24 mars 1852.

 

L’annonce officielle de l’invention de la photographie survient cinq ans après la naissance de Maynard. Souvent qualifié d’« invention simultanée », le procédé consistant à fixer une image du monde à l’aide de lumière et de produits chimiques a été mis au point à la fois par l’Anglais Henry Fox Talbot (1800-1877) et par le duo français composé de Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) et Louis-Jacques-Mandé Daguerre (1787-1851). Le daguerréotype produit une image unique, mais très détaillée, alors que le calotype génère une image granuleuse, mais reproductible qui va établir les bases du procédé négatif-positif. Les méthodes française et britannique ont en commun le fait que leur invention a été précipitée par un intérêt croissant pour les sciences de l’observation et par un siècle d’industrialisation. Cette évolution transforme également les industries minière et maritime de la Cornouailles de Maynard tout au long du dix-huitième siècle.

 

A map of Western Canada.
Carte du Canada-Ouest, v.1850. Comprend le lac Érié, le lac Ontario et une partie du lac Huron avec la baie Georgienne. 

 

Hannah et son mari, peut-être influencés par les aventures maritimes du père d’Hannah ou par l’espoir de découvrir de nouvelles opportunités alors que l’industrie minière de l’étain décline dans les Cornouailles au milieu du dix-neuvième siècle, vont s’installer au Canada. En 1853, les Maynard s’établissent à Bowmanville, une petite ville en pleine expansion située sur la rive nord du lac Ontario, juste à l’est de Toronto. Les Maynard font partie d’une vague importante de colons venus des Cornouailles pour élire domicile en Ontario, notamment dans la ville voisine d’Oshawa, située à seulement vingt kilomètres de Bowmanville. Cette dernière est un microcosme des colonies britanniques qui fleurissent à travers ce qui forme alors le Canada-Ouest. Fondée par des loyalistes britanniques attirés par ses terres fertiles et son port naturel, la ville se développe progressivement, devenant un pôle commercial avec des moulins et d’autres petites entreprises, puis une gare sur la ligne ferroviaire de la Grand Trunk Railway Company of Canada, aussi appelée en français Grand Tronc du Canada de manière non officielle. Richard s’établit comme cordonnier et possède une boutique à l’angle des rues King et Silver. Hannah et Richard fondent leur famille à cette époque alors que naissent leurs enfants George (1852-1926), Zela (1854-1913) et Albert (1857-1934).

 

En 1858, Richard se joint à trente mille autres chercheurs d’or qui se dirigent vers la rivière Thompson, dans l’actuelle Colombie-Britannique, où des prospecteurs ont découvert de l’or en 1856. Cet événement joue un rôle de catalyseur pour la colonisation européenne et canadienne de la région tout en attirant des prospecteurs et des mineurs de Chine, des États-Unis, du Mexique et des Antilles. En tant que dernier lieu de ravitaillement avant de se rendre dans les gisements aurifères, la petite ville non constituée en municipalité de Victoria voit sa population passer de quelques centaines à plus de cinq mille habitants presque du jour au lendemain.

 

A portrait of the Maynard family.
Hannah Maynard, Richard Maynard and Children (Richard Maynard et leurs enfants), v.1864, négatif sur plaque de verre, 16,5 x 20,3 cm. Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria. Zela a son bras sur l’épaule de Richard, Albert se tient entre les genoux de Richard, George est à gauche de Richard et Emma est devant George.
Annonces pour les studios de photographie « Mrs. Henry’s » et « R. & H. O’Hara Artists » dans le Canadian Statesman (Bowmanville, Ontario), 13 août 1868, Clarington Museum, Library, and Archives, Bowmanville.

Hannah, qui reste à Bowmanville avec leurs trois enfants alors qu’elle est enceinte de leur quatrième, Emma (1859-1893), saisit sa chance pendant l’absence de Richard. On ignore ce qui la pousse à se lancer dans la photographie à ce moment-là, ni où elle apprend les techniques nécessaires. Il n’y a ni club ni école de photographie à Bowmanville, même si la région compte au moins une photographe professionnelle dans les années 1860, Pauline (Polly) Ann Hayward Henry (1825-1913), dont le studio était situé à Oshawa, non loin de là. La ville s’enorgueillit également de la présence de la grande entreprise professionnelle R. & H. O’Hara : photographes, libraires, agents d’assurance, etc. Peut-être Hannah a-t-elle appris la photographie auprès de l’une ou l’autre de ces personnes; à tout le moins, elle avait accès aux appareils photo, au matériel et aux produits chimiques dont elle avait besoin.

 

Dès l’invention de la photographie en 1839, de nombreuses femmes se sont mises à la photographie pour des raisons créatives, récréatives ou entrepreneuriales. Dès 1841, une certaine Mme Fletcher, de Pictou, en Nouvelle-Écosse, fait la promotion de son studio de photographie daguerréotype dans un journal local. Dans les années 1850, à Québec, Élise L’Heureux (1827-1896) et son mari Jules-Isaï Benoit Livernois (1830-1865) ouvrent un studio de photographie qui, au cours de la centaine d’années suivantes, allait devenir l’un des plus prolifiques du pays. Les studios de photographie comme celui de William Notman (1826-1891) à Montréal, qui a des succursales partout au Canada et aux États-Unis, emploient des femmes dans les salles d’impressions de photographies. En dehors de la pratique professionnelle, une multitude de femmes s’adonnent à la photographie comme passe-temps, capturant des moments précieux avec leur famille et leurs voyages. Elles annotent soigneusement leurs images et les rassemblent dans de somptueux albums.

 

Maynard est l’une des nombreuses femmes de l’époque à se lancer en photographie, mais l’une des rares à considérer cette activité comme étant à la fois entrepreneuriale et créative. Lorsque Richard revient à Bowmanville après son déplacement dans l’ouest, Hannah se consacre entièrement à la photographie. Richard connaît un grand succès dans l’industrie minière de l’or, au point où son parcours sera plus tard inclus dans Biographical Dictionary of Well-Known British Columbians, une publication de 1890 mettant en lumière les figures marquantes de la province. Entre la manne inattendue provenant de la prospection de Richard et les efforts créatifs d’Hannah, les deux devaient certainement aspirer à de nouvelles perspectives. En 1861, lorsque la rumeur de la ruée vers l’or la plus célèbre de Colombie-Britannique, celle de la région de Cariboo, parvient à Bowmanville, le cordonnier, la photographe et leur famille déménagent sur la côte du Pacifique.

 

 

La fondation du studio

A black and white photograph of men standing at the construction of a flume.

Attribué à Frederick Dally, Men Posed on Flume, Williams Creek, Colombie-Britannique (Des hommes posant sur un canal, Williams Creek, Colombie-Britannique), 1867-1868, tiré de l’album commémoratif Views in British Columbia, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

A black and white photo of two figures standing in front of Hannah Maynard's studio with Maynard standing in the doorway.
Hannah Maynard’s photographic studio in Victoria (Studio de photographie d’Hannah Maynard à Victoria), 1863, photographie non attribuée, copie sur plaque de verre négative, 25 x 20,5 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

Le 6 mars 1862, Hannah, Richard et leurs enfants, chargés de leurs bagages remplis d’instruments de cordonnerie et de matériel photographique, arrivent à Esquimalt, sur l’île de Vancouver, à bord du navire à vapeur SS Sierra Nevada. Dans une entrevue accordée au journal local Daily Colonist au moment de son départ à la retraite, Hannah a décrit Victoria comme une ville « de tentes, de ravins et de marécages », où « les habitants sont surtout des mineurs » et où « un grand nombre de personnes… promettaient croissance et dévelopement ». Lorsque Richard part pour le gisement aurifère de la rivière Stikine le 11 juin 1862, Hannah et les enfants s’installent dans une maison de la rue Johnson. Comme en 1858, Richard « gagne une fortune considérable grâce à l’exploitation minière ». En effet, le travail de Richard dans les gisements aurifères, probablement en tant que prospecteur (bien qu’il n’existe aucun document précis sur la nature exacte de son travail), permet aux Maynard de réunir suffisamment de fonds pour créer rapidement deux nouvelles entreprises à Victoria.

 

En moins d’un an, Hannah fonde la « Mrs. R. Maynard’s Photographic Gallery » sur la rue Johnson, près de la rue Douglas, à Victoria. Non loin de là sur la rue Fort, Richard ouvre son magasin de chaussures et de bottes. Dans la même entrevue de 1912, Hannah raconte : « Il y avait toujours beaucoup d’argent dans la ville et les affaires marchaient très bien… À l’époque, la photographie avait le même charme mystérieux qu’aujourd’hui, malgré les merveilleuses améliorations qui ont depuis été apportées à cet art. Les marins venaient toujours nous voir. Esquimalt servait alors de base navale ou quelque chose du genre, et les marins étaient toujours en ville. Ils étaient formidables sur les photos. » Les photographies de Victoria prises par Maynard révèlent une ville en développement des bâtiments en bois et les trottoirs en planches bordent ses rues boueuses. Le roulement constant des personnes qui se rendent dans les gisements aurifères et en reviennent crée un environnement difficile, marqué par la nouvelle richesse, les fortunes dilapidées et, comme le rapportent les journaux, une criminalité omniprésente.

 

A photograph of sailboats in a harbour.
View of Esquimalt Harbour, Vancouver Island (Vue du port d’Esquimalt, île de Vancouver), tirée de l’album photographique de R. Maynard, artiste, 1880-1890, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

L’afflux constant de personnes à Victoria représente une chance pour une photographe portraitiste comme Maynard. La clientèle est inépuisable : les personnes qui partent pour les gisements aurifères ou qui en reviennent voient dans un portrait photographique un moyen de commémorer leur aventure grandiose. Le fait du leur ouvrir les portes de son studio, ainsi qu’aux nombreux marins et à la population permanente grandissante de la ville, est à la fois excitant et intimidant. En même temps, ce sont des entreprises comme celle de Maynard qui jettent littéralement les bases de la colonisation, faisant de Victoria non seulement une étape sur la route des gisements aurifères, mais aussi un lieu de vie permanent et une communauté dans laquelle il valait la peine d’investir.

 

Hannah Maynard, William John Mackay aged six months (William John Mackay âgé de six mois), 1876, carte de visite à l’albumine, 10,6 x 6,4 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
A black and white portrait of a group of young men in suits.
Attribué à Hannah Maynard, Group portrait of seven unidentified men (Portrait de groupe de sept hommes non identifies), v.1874-1910, négatif sur plaque de verre, 16,5 x 20,3 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

Maynard se spécialise dans la production de cartes de visite, des cartes professionnelles photographiques, mesurant généralement 9,5 centimètres sur 5,7 centimètres, qui peuvent être échangées comme les cartes professionnelles actuelles. Les gens les collectionnent et les placent dans des albums ou de petits cadres. Les cartes de visite de Maynard sont alors populaires parce qu’elle était attentive aux besoins et à la personnalité de ses modèles. À titre d’exemple, dans un portrait d’Ah Foo, un cuisinier chinois qui travaillait pour l’ethnologue Charles F. Newcombe (1851-1924), le modèle se présente fièrement, occupant tout le cadre et dirigeant son regard vers l’appareil photo. Son bras est posé sur une table soigneusement décorée d’un chawan (bol à thé) et de fleurs, des accessoires qui reviennent dans plusieurs photographies de Maynard. Comme il existe à l’époque peu de moyens de rassurer sa famille et ses proches (qui se trouvent à des milliers de kilomètres) sur son état de santé, les cartes de visite offrent un moyen photographique de le faire, tout en étant suffisamment petites et solides pour être expédiées par la poste. À l’instar d’autres photographes professionnels, Maynard appose souvent au dos de ses cartes de visite un logo indiquant le nom et l’adresse de son studio afin d’attirer une clientèle plus nombreuse.

 

La « Mrs. R. Maynard’s Photographic Gallery » procure à Maynard une indépendance et une stabilité financières. C’est important, car Richard est souvent absent et la prospection est loin d’être un travail facile ou fiable. En outre, il y a toujours la possibilité qu’il ne revienne pas. Bien sûr, une femme propriétaire unique d’une entreprise ne fait pas toujours l’unanimité à cette époque. Il est donc logique qu’elle ait exploité son studio sous le nom de son mari, « Mme R. Maynard ». Maynard arrive à trouver un équilibre délicat entre la conception victorienne du rôle des femmes, qui sont souvent confinées à la sphère domestique, à la maternité et aux normes et conventions d’un goût respectable, tout en jouant un rôle actif au sein de sa communauté et en se constituant un réseau professionnel indépendant de celui de son mari. Le studio favorise l’ascension sociale de la famille Maynard, qui établit ses racines dans sa nouvelle communauté et noue des liens avec la population permanente de la ville.

 

A black and white photograph of Hannah Maynard sitting at a desk.
Hannah Maynard, Mrs. Maynard (Mme Maynard), s.d., négatif sur plaque de verre, 43 x 36 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

 

Des intérêts complémentaires

C’est probablement au cours de leurs premières années à Victoria qu’Hannah enseigne la photographie à Richard. Que ce soit par intérêt ou parce que cela lui offre de nouvelles perspectives, l’expertise que Richard acquiert dans le maniement d’un appareil photo lui permet d’obtenir des commandes du gouvernement qui souhaite utiliser des photographies pour la tenue de ses registres fonciers et démographiques. En 1858, l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan marque la première utilisation de photographies au Canada dans le cadre d’une initiative gouvernementale visant à cartographier et à délimiter les terres à l’aide de levés topographiques. Ces photographies, ainsi que celles prises lors des nombreux levés ultérieurs, sont intégrées à des albums et à des rapports officiels qui retracent la colonisation et les progrès réalisés. Les nouvelles compétences acquises par Richard avec un appareil photo, associées à son endurance en plein air acquise lors de ses expéditions de prospection, font de lui la personne idéale pour ce travail. En plus de fournir des séries de photographies au gouvernement, Richard vend directement les mêmes images par l’entremise du studio d’Hannah, touchant ainsi un public plus large, notamment les mineurs itinérants qui désirent obtenir des vues des personnes et des lieux qu’ils ont vus. Les clichés de Richard capturent les terres, les lieux et les communautés autochtones, en plus des établissements et des infrastructures des colons. Lorsque le studio vend des photographies, il y a parfois une confusion quant à la paternité des œuvres. En effet, les photographies de Richard sont imprimées sur des supports portant le nom d’Hannah.

 

A black and white photograph of Richard Maynard at a camera.
Hannah Maynard, Portrait of Richard Maynard with a field camera on a tripod (Portrait de Richard Maynard avec un appareil photo sur trépied), v.1890, négatif sur plaque de verre, 25 x 20 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
Richard Maynard, « Indian Chief’s Grave, Wrangel », 1879, carte de visite, collection privée.

 

Pendant que Richard photographie principalement des paysages, Hannah continue à travailler en studio, même si tous les deux voyagent souvent ensemble, sur l’île de Vancouver et jusqu’en Alaska. Richard prend plusieurs photos d’Hannah pendant leurs voyages et elle achète des souvenirs, comme de petits paniers tressés, pour décorer les pièces de son studio. En 1874, Hannah et Richard regroupent leurs activités respectives de photographie et de cordonnerie dans un seul et même lieu situé sur la rue Douglas, non loin du premier studio d’Hannah sur la rue Johnson. L’édifice de deux étages abrite un vaste atelier photographique pour Hannah ainsi qu’une chambre noire où elle développe ses propres clichés tout en perfectionnant et en explorant les avancées techniques et artistiques de l’époque. Comme l’indique une publicité parue en 1888 dans The New West, un annuaire des entreprises situées dans les villes longeant la nouvelle ligne ferroviaire du Canadien Pacifique : « [Hannah Maynard] dispose d’installations de qualité supérieure lui permettant d’exécuter toutes les commandes de la manière la plus rapide et la plus satisfaisante qui soit. Son travail photographique est inégalable en matière de brillance d’expression et d’harmonie des effets. Elle est reconnue comme l’une des figures de proue de la profession dans le pays. » L’entreprise d’Hannah et Richard demeure sur la rue Douglas pendant les dix-huit années suivantes, soit jusqu’en 1892.

 

A black and white photograph of Maynard's photographic gallery and boot store with a horse and buggy in front.
Hannah ou Richard Maynard, Maynard Photographic Gallery and Boot and Shoe Store, northeast corner of Douglas and Johnson Streets, Victoria (Maynard Photographic Gallery and Boot and Shoe Store, angle nord-est des rues Douglas et Johnson, Victoria), 1888, tirage albuminé sur carte, 20 x 25,2 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

Au cours des années 1870 et 1880, Maynard construit sa réputation en studio à travers ses portraits habiles, photographiant tout le monde, des fonctionnaires aux enfants. Outre les colons d’Europe, Maynard accueille également des modèles d’origine autochtone, chinoise et noire qui souhaitaient se faire photographier. Elle a recours à des toiles de fond et à des accessoires pour aider ses modèles à représenter des aspects de leur personnalité. À titre d’exemple, elle utilise des arrière-plans peints représentant des fleurs et même des balançoires suspendues au plafond pour les enfants et place plutôt les modèles sérieux occupant des fonctions sociales distinguées, comme un gouverneur ou un maire, devant un arrière-plan architectural majestueux. Souvent, les arrière-plans des photos d’Hannah représentent de vastes panoramas de la région, probablement inspirés des paysages de Richard. C’est également à cette époque que Maynard commence à expérimenter des astuces permettant d’obtenir différents effets dans ses portraits. Ainsi, dans Unidentified Child at a Mock Beach (Enfant non identifiée sur une plage fictive), s.d., une photographie d’une petite fille posant dans un studio comme si elle était à la plage, elle place judicieusement des miroirs pour créer l’illusion d’une surface d’eau réfléchissante.

 

A black and white photograph of the Fraser river with a mountain in the background.
Richard Maynard, Fraser River below Yale (Fraser River en aval de Yale), 1866-1874, négatif sur plaque de verre, 26 x 20 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

Parfois, les intérêts du couple se rejoignent. Un exemple, qui n’existe plus, mais qui a été décrit dans le Victoria Daily Chronicle, comprend une collection de clichés pris par Richard et assemblés en un panorama par Hannah. Dans plusieurs de leurs collaborations, comme dans ce cas-ci, l’œuvre a été attribuée à Richard plutôt qu’à Hannah. Comme le décrit le Victoria Daily Chronicle, c’est « un panorama très ingénieux […] composé d’une série de photographies soigneusement assemblées. Il s’agit de l’œuvre de M. Maynard, un photographe de la rue Johnson, réalisée avec beaucoup de soin et de talent artistique. Elle donnerait certainement à un étranger une meilleure idée de l’apparence de la ville que n’importe quelle description verbale ».

 

Ce genre d’attribution erronée de leurs photographies apparaît parfois dans les journaux du dix-neuvième siècle. Cependant, Hannah et Richard semblaient considérer que ce qui profitait à l’un profitait finalement à l’autre. Dans 80 Views on the Frazer River (80 vues du fleuve Frazer), v.1885, Hannah a assemblé les photographies de Richard et de son collègue Frederick Dally dans un collage, qu’elle a ensuite rephotographié sous forme d’un seul négatif à partir duquel plusieurs exemplaires pouvaient être produits. Il s’agit d’une idée astucieuse qui tire parti des talents de Richard en matière de photographies de paysage et du fait de disposer d’un studio physique où imprimer et vendre ses clichés à un public enthousiaste, ce dont ne disposent pas la plupart des photographes itinérant·es travaillant à la commande. En enseignant la photographie à Richard, Hannah lui permet d’élargir son réseau de relations sociales avec les fonctionnaires en répondant à leurs besoins en matière de photographies. Cela permet à Hannah peut ainsi attirer une clientèle plus sophistiquée dans son studio, où les gens peuvent se faire prendre en photo et acheter des photographies de paysages.

 

 

Une entreprise familiale dans une ville en pleine expansion

A black and white photograph of Hannah and Richard Maynard outside their studio with a Penny-farthing style bicycle.
Richard et Hannah Maynard devant le studio de Mme Maynard, v.1880, photographie non attribuée, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
A black and white photo of a young girl washing her hands.
Hannah Maynard, Lillie washing her hands (Lillie se lavant les mains), 1872, tiré de l’album de la famille Maynard, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

La « Mrs. R. Maynard’s Photographic Gallery » se développe parallèlement à la ville de Victoria. Officiellement constituée en 1862, au moment même où la famille Maynard s’y installe, elle devient la ville en 1871, lorsque la Colombie-Britannique fait son entrée dans la Confédération. Acquérant les attributs d’une communauté établie, Victoria met en place une force de police dans les années 1870 et crée des espaces publics comme le parc Beacon Hill en 1882. Avec le déménagement du studio à l’adresse de la rue Douglas en 1874, les vies personnelle et professionnelle d’Hannah Maynard s’entremêlent encore davantage.

 

Après la naissance de ses filles Emma Jane (1859/60-1893) et Laura Lillian, ou « Lillie » (1867-1883), Maynard intègre ses cinq enfants dans les activités quotidiennes du studio. Son fils Albert (1857-1934), qui reprendra plus tard la « Mrs. R. Maynard’s Photographic Gallery », et George (1852-1926) travaillent à la fois dans le studio photographique d’Hannah et dans la boutique de chaussures et de bottes de Richard. Emma est tellement impliquée dans le studio de photographie qu’à l’âge de vingt et un ans, elle déclare être « photographe » lors du recensement de 1881. Les collections de la famille Maynard conservées aux Archives provinciales [Colombie-Britannique] contiennent également plusieurs photographies attribuées à Laura Lillian (1873-1951), petite-fille d’Hannah et Richard, qui devient l’un des sujets préférés de Maynard vers la fin de sa carrière. Outre les membres de la famille, plusieurs autres personnes travaillent au studio tout au long de son existence, notamment Arthur S. Rappertie (1854-1923). Celui-ci était l’assistant et le photographe attitré de Maynard, et il a fini par devenir un membre de la famille à part entière, emménageant même chez les Maynard avec sa mère.

 

La famille de Maynard est omniprésente au studio, tant physiquement que dans les photographies, comme l’illustre un portrait de Maynard assise à son bureau dans le salon de son studio. Réalisé vers 1895, le cliché la présente entourée des visages photographiés des membres de sa famille. De la même manière, le studio est également une extension de l’espace domestique de Maynard. Les plantes, les accessoires, le mobilier, les tissus, les œuvres d’art et les bibelots qui, normalement, seraient considérés comme des éléments décoratifs dans la maison d’une femme aisée du dix-neuvième siècle, sont tous présents dans l’espace professionnel de Maynard. Même dans ses portraits d’autres femmes, comme celui de Mary Lydia Jones Shaw, résidente de Victoria, réalisé entre 1883 et 1889, Maynard est attentive à la manière dont les vies privée et professionnelle d’une femme peuvent refléter sa position dans la société.

 

A black and white photo of a woman in a dress.
Hannah Maynard, Portrait of Mary Lydia (Penketh) Jones Shaw (Portrait de Mary Lydia [Penketh] Jones Shaw), 1883-1889, négatif sur plaque de verre, 12,5 x 20,5 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
Hannah Maynard, Lady Douglas and Grandchild (Lady Douglas et son petit-enfant), v.1880, négatif sur plaque de verre, 21,5 x 16,5 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

La renommée de Maynard parmi les photographes de talents de Victoria attire chez elle des citoyen·es et des touristes de renom. À titre d’exemple, Maynard photographie à plusieurs reprises lady Amelia Connolly Douglas (1812-1890), l’épouse du premier gouverneur de la Colombie-Britannique, James Douglas (1803-1877), notamment dans une photo où elle est assise avec son petit-enfant. En évoquant sa carrière, Maynard a déclaré :

 

Je peux affirmer avec assurance que nous avons photographié toute la population de la ville à un moment ou à un autre […] Dans mes albums, je conserve d’innombrables photos que nous avons prises à cette époque lointaine. Je ne peux m’empêcher, en les regardant, de m’interroger sur les raisons qui ont conduit ces changements sociaux considérables […] En parcourant mes albums, je peux observer les transitions progressives d’un état à un autre. Chacun avait son charme particulier et, dans l’ensemble, ce fut une expérience merveilleuse de voir une ville, telle qu’elle était à ses débuts, se développer pour atteindre les magnifiques proportions et possibilités de la Victoria d’aujourd’hui.

 

En effet, les photographies de Maynard ont créé un portrait à multiples facettes d’une ville en pleine expansion.

 

A black and white self portrait of Hannah Maynard.
Hannah Maynard, Self-Portrait (Autoportrait), v.1875, carte de visite, 21,3 x 13 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.
Verso d’une des photographie d’Hannah Maynard, s.d., Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

De l’expérimentation créative et des chagrins personnels

Tout au long de sa carrière, Hannah Maynard se qualifie d’« artiste photographe ». Son identité professionnelle est clairement indiquée au dos de ses cartes de visite. Le dos des clichés de Richard porte également cette mention. Si nombre de photographes de studio, dont William Notman de Montréal, utilisent ce terme, il est moins courant pour des photographes comme Richard de se désigner ainsi, car leurs images sont destinées aux registres gouvernementaux. Contrairement à la peinture, la photographie n’est pas considérée comme un art à cette époque. Cependant, les compétences techniques d’Hannah ainsi que sa capacité à conceptualiser et à créer une idée ou une vision par ce moyen d’expression correspondent à notre conception moderne de la photographie en tant qu’art. Hannah et Richard utilisent tous les deux l’expression « artiste photographe » pour souligner la qualité technique de leur travail.

 

Maynard fait appel à sa créativité pour mettre de l’avant un aspect unique de son studio. À partir de 1881, elle produit une série souvent désignée sous le nom de Gems of British Columbia (Joyaux de la Colombie-Britannique). À la fin de chaque année civile, elle rassemble l’ensemble des portraits d’enfants qu’elle a pris au cours des douze derniers mois et les intègre en un seul collage photographique, qu’elle envoie ensuite aux familles à titre de carte de vœux pour la nouvelle année. Ce qui a contribué au succès remarquable de cette série n’est pas seulement l’utilisation du collage, mais aussi la façon dont elle incorpore les visages de chaque année précédente dans l’édition courante des Joyaux. En 1896, lorsque Maynard crée la dernière version de Joyaux, l’œuvre compte littéralement des milliers de petits visages. La série Joyaux de Maynard ne se contente pas de mettre de l’avant son habilité à travailler avec les enfants – une tâche difficile pour les photographes à une époque où les longs temps d’exposition obligent les petits modèles à rester immobiles pendant plusieurs secondes, voire une minute – elle témoigne également de ses compétences techniques.

 

Hannah Maynard, Gems of British Columbia for the year 1881 (Joyaux de la Colombie-Britannique pour l’année 1881), 1881, négatif sur plaque de verre, 25 x 20 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

Les photographies de Maynard attirent l’attention et la reconnaissance internationales lorsqu’elle s’implique de plus en plus dans les communautés photographiques au-delà de Victoria. À compter de 1879, elle soumet fréquemment des photographies et des textes à des publications spécialisées comme le St. Louis and Canadian Photographer et le Practical Photographer, pour lesquels elle reçoit souvent de nombreux compliments. Les conseils échangés parmi le lectorat, formé de photographes amateurs et professionnel·les, permettent à Maynard de découvrir des techniques de pointe, notamment la photographie composite et l’exposition multiple. Vers les années 1880, Maynard commence à expérimenter diverses techniques, créant des images fantaisistes qui révèlent son humour ironique. Les œuvres les plus impressionnantes de Maynard sont une série de photographies appelées « photosculptures », soit des portraits, par exemple Portrait from life; bust of a young girl (Portrait d’après nature; buste d’une jeune fille), s.d., dans lequel une personne vivante apparaît comme une statue montée sur un piédestal.

 

Cover page from The St. Louis and Canadian Photographer.
Page de couverture de St. Louis and Canadian Photographer, vol. 6, n°4 (avril 1888), George Eastman Museum, Rochester, New York.
A photograph of a bust of a young girl.
Hannah Maynard, Portrait from life; bust of a young girl (Portrait d’après nature; buste d’une jeune fille), s.d., tiré de l’album Mrs. R. Maynard’s Photographic Gallery, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

L’intérêt de Maynard pour les aspects techniques du moyen d’expression, tels que les différentes méthodes d’exposition et d’impression, la conduit également à des applications photographiques pratiques. Elle fréquente le parc Beacon Hill avec son petit-fils, Maynard McDonald (1882-1936). Se passionnant pour le cyclisme, le duo crée une collection d’images qui capturent des vélos en mouvement. À compter de 1897, le département de police de Victoria, situé à seulement un pâté de maisons du studio de Maynard sur l’avenue Pandora, lui commande des photos d’identité judiciaire. Dans nombre de ces photographies, telles que Prisoner 298 (Prisonnier 298), 1903, elle utilise un miroir pour combiner des vues de face et de profil en une seule image.

 

En 1895, le magazine Practical Photographer fait l’éloge de l’utilisation de l’exposition multiple par Maynard en ces mots : « La première page du supplément provient du studio de Mme Maynard, de Victoria, en Colombie-Britannique, et représente la dame elle-même dans trois positions différentes. Toutes ces photos ont été habilement prises sur une seule plaque. » Le commentaire fait peut-être référence à Hannah Maynard in a tableau vivant (Hannah Maynard dans un tableau vivant), v.1893-1897, où trois Hannah apparaissent simultanément dans une seule image, liées entre elles par une série d’accessoires : un plumeau, une lettre et des fleurs.

 

Tandis que Maynard connaît une notoriété internationale, cette période de sa vie est profondément marquée par une série de décès dans sa famille. Le premier est celui de sa fille, Lillie, qui meurt du typhus en 1883 à l’âge de seize ans. Puis, sa belle-fille, Adelaide, l’épouse de son fils Albert, décède quelque dix ans plus tard, en 1892. Finalement, le décès de la fille de Maynard, Emma, survient un an plus tard, en 1893.

 

Après la mort d’Emma, son fils Maynard vient vivre avec sa grand-mère. À l’instar de sa mère, le petit Maynard est très présent au studio, mais cette fois devant la caméra plutôt que derrière. Ensemble, Hannah Maynard et son petit-fils utilisent des astuces pour créer des photographies composites et des tableaux vivants espiègles pour l’appareil photo. Souvent, ces scènes, telles que Hannah Maynard and her grandson, Maynard McDonald (Hannah Maynard et son petit-fils, Maynard McDonald), 1893-1897, comprennent en arrière-plan des photographies que Maynard a prises de ses filles de leur vivant. Peut-être était-ce le traumatisme de la perte, tempéré par l’imagination qui émane de la présence d’un jeune enfant. À compter de la fin des années 1890, les photographies de Maynard deviennent à la fois plus tristes et plus enjouées.

 

A composite photo of two Hannah Maynards standing with her grandson on the floor.
Hannah Maynard, Hannah Maynard and her grandson, Maynard McDonald (Hannah Maynard et son petit-fils, Maynard McDonald), v.1893, négatif sur plaque de verre, 20 x 25 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

En mars 1892, le studio de photographie rouvre ses portes à son troisième et dernier emplacement, au 41, avenue Pandora. Conçu spécialement à cet effet, ce bâtiment en briques sert de studio de photographie, de magasin de chaussures et de bottes ainsi que de résidence familiale. Maynard occupe le dernier étage, qui dispose de grandes fenêtres lui offrant une lumière abondante. Elle y travaille en utilisant des méthodes telles que la surexposition, le montage et les reflets, qui nécessitent autant de compétences techniques que d’inspiration artistique. Si les œuvres de Maynard sont souvent considérées par les spécialistes comme un exutoire à son chagrin et à ses pratiques spirituelles, elle les a également utilisées pour promouvoir son entreprise photographique, en les mettant en avant dans des publicités ingénieuses.

 

 

Telle que je suis

Attribué à Hannah Maynard, Richard and Hannah Maynard hosting a dinner (Richard et Hannah Maynard organisant un dîner), 1895-1900, négatif sur plaque de verre, 16,5 x 21 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria. Hannah et Richard sont ici représentés avec six autres invités adultes assis autour de la table. La femme en face d’Hannah est Zela, leur fille. L’homme à droite du spectateur est probablement A.S. Rappertie ou le mari de Zela, William Hammett.

Le mari de Maynard, Richard, prend sa retraite de la cordonnerie et de la photographie à la fin des années 1890. Son décès survient le 10 janvier 1907. Maynard poursuit son travail et en fait, la période qui suit la retraite de son mari est l’une des plus productives de sa carrière. Elle accepte alors d’importantes commandes publiques, notamment celle du département de police de Victoria qui lui demande de photographier des prisonnières et prisonniers. C’est également pendant cette période que Maynard s’intéresse davantage aux loisirs et à sa famille, réalisant de multiples clichés de sorties en famille et de grands portraits de groupe de ses nombreux petits-enfants avec son mari, Richard. Sa famille a accueille également son assistant et photographe attitré, Arthur S. Rappertie, qui apparaît souvent sur ces photos de groupe, tout comme sa mère, qui aménage dans l’une des chambres de l’immeuble de Maynard sur l’avenue Pandora.

 

Maynard prend sa retraite en 1912, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’ouverture de son premier studio en 1862. De nombreux journaux locaux accordent une grande importance à cet événement, en publiant de longues déclarations emplies d’éloges et de reconnaissance pour l’influence positive que son studio photographique a exercée sur la communauté. Ainsi, le Victoria Daily Times, écrit : « Depuis [1862], l’entreprise est bien établie et est réputée pour être la première de son genre dans la ville, ayant été fondée ici seulement vingt-trois ans après la découverte de la photographie par Daguerre. Les albums compilés par Mme Maynard pendant son séjour ici contiennent plusieurs personnages historiques qui pourraient servir d’inspiration pour écrire sur l’histoire de la province. »

 

L’article d’une page entière publié par le Daily Colonist décrit Maynard comme « une personne d’une intelligence et d’une habitude remarquables, indifférente au passage du temps sur son esprit et son apparence ». L’entrevue qui accompagne le texte est la seule source existante dans laquelle Maynard a raconté les moments forts de sa propre carrière. Après sa retraite, son fils Albert, ancien commissaire-priseur et taxidermiste pour le Musée royal de la Colombie-Britannique, reprend l’entreprise de photographie.

 

A black and white photo of Albert Maynard, taxidermist.
Hannah Maynard, Portrait of Albert H. Maynard depicted in his role as a taxidermist (Portrait d’Albert H. Maynard dans son rôle de taxidermiste), 1874-1910, négatif sur plaque de verre sèche à la gélatine, 25,5 x 30,5 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

Maynard est décédée de manière inattendue le 15 mai 1918, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, six ans après avoir pris sa retraite. Elle a été inhumée dans le caveau familial du cimetière Ross Bay à Victoria. Une fois de plus, les journaux locaux rendent un bel hommage à Maynard, tant comme personne que comme photographe. Le Victoria Daily Times note qu’un hymne intitulé « Just As I Am » [Telle que je suis] a été chanté lors de ses funérailles. Cet hymne convenait parfaitement à une femme qui se présentait devant la caméra telle qu’elle était.

 

Obituary notice for Hannah Maynard.
« Mrs. Richard Maynard Passes to Her Rest », nécrologie, 1918, page tirée du Daily Colonist, Archives du l’Université de Victoria.
Publicité A.H. Maynard, Daily Colonist, 3 février 1915, p. 6.

Albert, le fils d’Hannah et Richard reprend par la suite les activités de cordonnerie et de photographie. Tout au long des années 1910 et 1920, il développe son entreprise photographique sous plusieurs noms, notamment « Albert H. Maynard, Successor to R. Maynard, Photographic Supplies and Apparatus »; « Albert H. Maynard, Photographic Supplies and Apparatus »; et « Maynard’s Photo Stock House ». Plus tard, il s’associe avec P.G. Stewart (un photographe de Vancouver) pour former la « Maynard and Stewart Photo Supply Company ». Hannah Maynard aurait été très heureuse de savoir que, en 1932, la part d’Albert dans le partenariat photographique serait transférée au nom de l’une des petites-filles de Maynard, Lillie Elizabeth Maynard (1884-1966), qui avait passé beaucoup de temps devant et derrière l’appareil photo de sa grand-mère. À peu près à la même époque, ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Musée royal de la Colombie-Britannique achète à Albert la majeure partie des archives restantes du studio et près de deux mille négatifs sur plaque de verre réalisés par d’autres photographes et acquis par la famille.

 

Hannah Maynard a laissé derrière elle une œuvre qui révèle à quel point sa pratique photographique était omniprésente et imprégnait presque tous les aspects de sa vie : sa profession, ses balades à vélo, ses sorties en famille à la campagne, sa relation avec son mari, ses enfants et ses petits-enfants ainsi que sa propre sensibilité à l’égard de la vie et de la mort. Il est unique de disposer d’un témoignage visuel aussi complet de la vie d’une personne et de sa communauté, comme c’est le cas avec Maynard. Le fait qu’elle ait été une personne expressive et une photographe prolifique rend sa collection encore plus remarquable.

 

A multiple exposure self-portrait of Hannah Maynard.
Hannah Maynard, Hannah Maynard multiple exposure self-portrait (Autoportrait à exposition multiple d’Hannah Maynard), v.1890, négatif sur plaque de verre sèche à la gélatine, 12,5 x 18 cm, Archives provinciales et Musée royal de la Colombie-Britannique, Victoria.

 

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