Livre de cartes postales Tracer la ligne : la politique sexuelle lesbienne sur le mur 1991

Livre de cartes postales Tracer la ligne : la politique sexuelle lesbienne sur le mur

Kiss & Tell, Drawing the Line: Lesbian Sexual Politics on the Wall (Tracer la ligne : la politique sexuelle lesbienne sur le mur), 1991

Livre de cartes postales

Fonds Kiss & Tell, Livres rares et collections spéciales, Bibliothèque de l’Université Simon Fraser, Burnaby

 

L’image ci-dessus est un exemple de réponse postale envoyée par une personne ayant visité l’exposition Drawing the Line (Tracer la ligne) de Kiss & Tell.

Animé par l’idée de créer une œuvre complémentaire à Drawing the Line (Tracer la ligne), 1988-1990, qui toucherait un public plus large, Kiss & Tell sélectionne quarante photographies de l’exposition pour en faire un livre de cartes postales intitulé Tracer la ligne : la politique sexuelle lesbienne sur le mur. L’introduction expose leurs intentions : « En mettant en scène les mêmes [deux] femmes dans toutes les images, nous avons voulu recentrer les jugements sur ce que font les modèles et sur leur représentation… Tracer la ligne résulte d’une collaboration entre des femmes qui ont bâti une relation de confiance au fil du temps. C’est notre histoire commune qui nous a donné la liberté d’explorer les dynamiques souvent troublantes de la photographie sexuelle explicite. »

 

Des commentaires choisis parmi ceux inscrits sur les murs de l’exposition sont repris au verso des cartes postales. En réaction à une photographie montrant les deux femmes nues au lit, semblant vivre un moment d’orgasme, des visiteuses de Los Angeles, Toronto et Vancouver écrivent : « Je veux le faire, pas le regarder. Pour moi, c’est une affaire de peau », « Ça m’a donné envie d’essayer. C’est merveilleux, mais dur pour les dos fragiles », et « Pour moi, c’est le moment décisif! ». Kiss & Tell n’hésite pas à inclure des critiques et des commentaires négatifs dans le livre. L’objectif du projet est de susciter un dialogue qui intègre des voix et des opinions divergentes. Par exemple, une visiteuse de Melbourne écrit : « Jeu de rôle = pouvoir = hommes = ennui. » Une autre, à Toronto, réagit : « Je comprends vos raisons d’avoir utilisé seulement deux modèles, mais j’aimerais quand même voir mon visage racisé ici. »

 

La dernière carte postale du livre, photographiée par Isa Massu en 1991, montre une femme écrivant sur les murs de l’exposition à San Francisco. Cette carte peut être détachée du livre et envoyée par la poste à Kiss & Tell. Erin, qui achemine la sienne depuis la Californie, note : « Ce que nous faisons, c’est tomber amoureuses de femmes. Bien sûr que oui. Mais c’est tellement plus difficile de dire que nous sommes sexuelles avec des femmes et, ouf! Nous faisons des choses terriblement bonnes, sales et sexy. L’amour est sorti du placard, mais le sexe? J’en ai assez de le faire dans le noir. » Erica et Sally, de Truro, au Massachusetts, écrivent : « Nous sommes déconcertées par ces images de sadomasochisme. Pourquoi perpétuer cette forme de violence ritualisée, déshumanisante et typiquement masculine dans nos propres relations amoureuses? Pourquoi ces pratiques (SM) sont-elles si répandues parmi les femmes qui disent aimer les femmes? » La plupart des personnes qui renvoient leur carte postale soulignent à quel point ces images sont une source d’affirmation et expriment le désir de voir l’ensemble de l’exposition dans leur ville.

 

Le livre de cartes postales élargit considérablement la portée de l’œuvre originale et constitue une autre stratégie de Kiss & Tell pour faire entrer dans l’espace public des images de sexualité lesbienne créées par des femmes. Avec ce projet, le collectif brouille la frontière entre l’art « noble » et l’art populaire en transformant des photographies analogiques en noir et blanc en une forme d’art postal accessible sur le marché. Ces images peuvent ainsi circuler par courrier, plaçant des représentations lesbiennes entre les mains du personnel des services postaux ainsi que toute personne connexe. Sur une carte renvoyée, une femme observe : « J’ai longtemps cherché des images dans lesquelles je pourrais reconnaître l’amour et le désir que j’éprouve pour ma compagne. Pendant un moment, j’ai cru qu’il était impossible de rendre visuellement la passion lesbienne… Ici, vous m’avez offert ce que je cherchais. Merci. » Ce mode inédit de diffusion entraîne cependant de nouvelles restrictions : les douanes canadiennes refusent de faire entrer aux États-Unis des exemplaires du livre qui a pourtant bien été publié au Canada.

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