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Le pouvoir est un attribut… 2e partie 1991

Le pouvoir est un attribut... 2e partie, 1991

Suzy Lake, Authority Is an Attribute … part 2 (Le pouvoir est un attribut… 2e partie), 1991

Épreuves à la gélatine; photomontages et séquences de photos en triptyque; découpes sur noyau mousse, avec papier journal collé sur toile, colle, peinture acrylique, crayon gras blanc et gel médium

Installation à la Gallery TPW, Toronto, 1992

Avec Le pouvoir est un attribut … 2e partie, Lake crée une installation composée de trois éléments qui représentent les parties prenantes dans un litige de revendication territoriale entre les Teme-Augama Anishnabai de Bear Island et le gouvernement de l’Ontario. Le premier élément est constitué de photographies grandeur nature de sept hommes et femmes avec des jumelles à la main – les figures d’autorité qui représentent le titre Authority Is an Attribute of Power Relations (Le pouvoir est un attribut des relations de pouvoir). Pour cette section, Lake réalise également des découpes de silhouettes de quatre mètres et demi sur le sol qui prolongent les figures découpées dans la galerie, donnant aux spectateurs une idée des relations entre les gens et, à cause des jumelles, le sentiment inconfortable d’être scruté et constamment surveillé. Les deux autres sections se composent de The Game Players (Les joueurs), une image qui montre deux hommes en costume jouant aux échecs à la lisière d’une zone boisée, et de Cautioned Homes and Gardens (Maisons et jardins mis en garde), un photomontage des portraits des membres de la communauté Teme-Augama Anishnabai placés devant des endroits de la terre contestée qui ont, pour eux, une signification personnelle.

 

Suzy Lake, Cautioned Homes and Gardens: Three Sisters (Maisons et jardins mis en garde : trois sœurs), 1991, triptyque; épreuves à la gélatine argentique sur papier baryté, photomontage, 151,8 x 58,4 cm; 151,8 x 103,5 cm; 151,8 x 58,4 cm, Georgia Scherman Projects, Toronto.

L’œuvre Le pouvoir est un attribut… 2e partie est le second volet d’un projet en deux parties intitulé Authority Is an Attribute (Le pouvoir est un attribut), qui marque l’abandon de l’exploration des thèmes de l’identité et du moi chez Lake et le début des efforts qu’elle va déployer sur une décennie pour combiner l’art et l’activisme social, au Canada et à l’étranger. Dans la première partie du projet, Lake entend explorer la dynamique du pouvoir et les relations d’autorité, mais elle estime qu’elle « n’a pas réussi […] à examiner les complexités et les complicités de ce thème au-delà des polarités expressives et “instinctives” de la victime et de l’exploiteur. » Pour la deuxième itération, elle collabore avec le peuple Teme-Augama Anishnabai de Bear Island à Temagami, situé dans le district de Nipissing au nord-est de l’Ontario. Ils lui demandent de créer un élément visuel en solidarité avec leur revendication territoriale.

 

Une entente en place depuis 1973, permettant à la nation Teme-Augam Anishnabai de protéger 10 000 kilomètres carrés de terres, est menacée par l’approbation de l’expansion du chemin Red Squirrel sur leur territoire. En réaction, les Anishnabai de Teme-Augama érigent une série de barrages routiers. Cet événement spécifique n’est que la pointe d’un conflit plus large avec le gouvernement de l’Ontario suivant le refus de la Cour d’appel de l’Ontario d’examiner leur revendication territoriale, estimant que les Teme-Augama Anishnabai sont signataires de traités antérieurs. Lake, qui a campé près du lac Temagami et rencontré des membres de la communauté, accepte de mettre à profit ses compétences artistiques pour attirer l’attention sur le conflit et générer un forum visuel par lequel les Teme-Augama Anishnabai peuvent être représentés et avoir une voix.

 

Lake note qu’à l’époque où l’installation est exposée pour la première fois, au début des années 1990, ce type de collaboration, qui offre une tribune visuelle à une lutte politique, est peu commun. Tout au long des années 1970, elle explore de manière abstraite des éléments et la dynamique du pouvoir en se servant de son corps au sein de séries photographiques telle que ImPositions no 1, 1977, par exemple. Elle use de techniques similaires pour enquêter sur les conditions de vie réelles des Teme-Augama Anishnabai et sur l’urgence politique de leur revendication territoriale. Repensant au projet et à ses intentions plus tard, en 1998, Lake écrit : « À titre d’artiste, je devais fournir un contexte pour que le public reconnaisse l’impact de la dynamique [de pouvoir], pour qu’il se rappelle de l’effet ressenti dans cette dynamique. C’est ainsi qu’elle étend ses préoccupations conceptuelles sur le pouvoir et l’autorité à un message plus didactique sur la terre, le lieu et la résistance autochtone.