Jawaharlal Nehru 22 décembre 1956

Jawaharlal Nehru 22 décembre 1956

Yousuf Karsh, Jawaharlal Nehru, 22 décembre 1956
Épreuve à la gélatine argentique, dimensions variables
Succession Yousuf Karsh

Au lendemain des bouleversements et de la violence de la Seconde Guerre mondiale, et dans le contexte de la création des Nations Unies pour encourager le dialogue diplomatique, les portraits de leaders mondiaux que compose Karsh dessinent collectivement un avenir porteur d’espoir, fondé sur la coexistence pacifique entre les nations et les peuples. De ce corpus, un exemple significatif tient dans son portrait de Jawaharlal Nehru, premier ministre de l’Inde et détenteur du plus long mandat à ce poste, réalisé près de dix ans après l’indépendance du pays vis-à-vis du Royaume-Uni.

 

Dans ce portrait, Nehru est représenté en léger profil, les mains jointes, le regard tourné avec recueillement hors du champ. Une lumière douce diffuse enveloppe sa silhouette. Par cette œuvre, Karsh rend hommage au rôle de Nehru lors de la Partition de 1947, qui mène à la fondation de l’Inde en tant que république laïque, affranchie de la domination britannique, et du Pakistan en tant qu’État islamique. La séance de pose a lieu à Washington, en 1956, à la suite de la rencontre de Nehru avec le président américain Dwight D. Eisenhower afin d’obtenir le soutien diplomatique des États-Unis dans le règlement pacifique de la crise du canal de Suez, un conflit arabo-israélien aux répercussions géopolitiques majeures.

 

Yousuf Karsh, President Dwight Eisenhower (Président Dwight Eisenhower), 20 juillet 1966, épreuve à la gélatine argentique, 24,1 × 19,1 cm, Fonds Yousuf Karsh, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Yousuf Karsh, Lester B. Pearson, 23 novembre 1957, épreuve à la gélatine argentique, 50,4 × 40,5 cm (image), 50,4 × 40,5 cm (support), Fonds Yousuf Karsh, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.

Dans ce portrait, Nehru est représenté en léger profil, les mains jointes, le regard tourné avec recueillement hors du champ. Une lumière douce diffuse enveloppe sa silhouette. Par cette œuvre, Karsh rend hommage au rôle de Nehru lors de la Partition de 1947, qui mène à la fondation de l’Inde en tant que république laïque, affranchie de la domination britannique, et du Pakistan en tant qu’État islamique. La séance de pose a lieu à Washington, en 1956, à la suite de la rencontre de Nehru avec le président américain Dwight D. Eisenhower afin d’obtenir le soutien diplomatique des États-Unis dans le règlement pacifique de la crise du canal de Suez, un conflit arabo-israélien aux répercussions géopolitiques majeures.

 

L’un des principaux acteurs de la crise du canal de Suez est le ministre des Affaires étrangères du Canada, et futur premier ministre, Lester B. Pearson, qui reçoit le prix Nobel de la paix en 1957 pour son rôle de médiateur et sa proposition de déploiement de la Force d’urgence des Nations Unies. Karsh assiste en personne à la séance de la Chambre des communes où Pearson est félicité par ses collègues parlementaires. Il recrée ensuite la scène, représentant Pearson de profil, des notes à la main, accompagné à gauche par le président de la Chambre Roland Michener et un page parlementaire, tous deux baignés d’un éclairage dramatique.

 

Considérés dans leur ensemble, les portraits de Nehru, d’Eisenhower et de Pearson témoignent de la remarquable capacité de Karsh à façonner des représentations uniques et emblématiques du leadership politique. Chacune de ces personnalités, ancrées dans un même moment historique, est présentée comme un leader réfléchi aspirant à un avenir pacifique, mais les indices visuels posés par Karsh traduisent des visions distinctes : pour Nehru, l’activisme non violent; pour Eisenhower, la suprématie militaire stratégique; pour Pearson, le dialogue constant.

 

Le portrait de Nehru par Karsh est également significatif en ce qu’il reflète une volonté rare, parmi ses contemporains, de représenter la diversité culturelle et raciale du monde dans lequel il vit. Dès les années 1930, Karsh accueille dans son studio des personnes racisées, et ce malgré les politiques officielles ou implicites de ségrégation et de discrimination. Sa représentation de Nehru traduit une vision du monde façonnée par sa propre histoire : survivant des persécutions du génocide arménien durant son enfance, il est admis au Canada en 1924 à titre exceptionnel, en dérogation à l’interdiction d’immigration visant les personnes dites asiatiques. Son accent arabe prononcé et son teint basané font de lui un « autre » aux yeux de la société ottavienne des années 1930. Karsh comprend profondément les défis liés à la différence — tout comme Nehru, qui avait passé une partie de sa jeunesse au Royaume-Uni, loin de l’Inde.

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