Jean-Paul Riopelle, photographié dans son atelier à Paris 7 avril 1965

Jean-Paul Riopelle, 7 avril 1965

Yousuf Karsh, Jean-Paul Riopelle, Photographed in His Paris Atelier (Jean-Paul Riopelle, photographié dans son atelier à Paris), 7 avril 1965, tirage de 1987
Épreuve à la gélatine argentique, 33,2 × 40,9 cm (image), 60,6 × 50,9 cm (feuille)
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Yousuf Karsh, Pablo Picasso, 2 juillet 1954, épreuve à la gélatine argentique, 60,1 × 50 cm, Musée des beaux-arts de Montréal.

Jean Paul Riopelle (1923-2002) est l’un des membres fondateurs des Automatistes, un collectif d’artistes à l’avant-garde de son époque pratiquant l’expressionnisme abstrait à Montréal. Lors d’une séance tenue dans l’atelier parisien de l’artiste, Karsh réalise une douzaine de poses distinctes. Il retient celle-ci comme image emblématique, saisissant Riopelle baigné dans la lumière naturelle de la fenêtre de l’atelier, comme s’il interrompait un instant son élan créatif. Le texte qui accompagne la photographie reprend le trope de l’artiste en proie au génie tourmenté : « Pendant des semaines, voire des mois, il peut ne pas toucher un pinceau. Puis, tout à coup, surgit une période d’activité intense, presque frénétique, où l’art jaillit littéralement de lui. Il peint sans relâche, sans manger, sans dormir, recouvrant toile après toile de ses entrelacements texturés et très personnels d’empâtements lumineux. Ce n’est qu’une fois la pulsion créatrice apaisée que le travail s’interrompt. »

 

Le narratif de Karsh met en lumière l’indifférence apparente de Riopelle à l’idée d’être immortalisé par un portrait. Trois ans plus tôt à peine, l’artiste avait pourtant été choisi comme unique représentant du Canada à la Biennale de Venise de 1962, l’un des plus prestigieux rendez-vous de l’art contemporain. Le portrait de Riopelle dans son atelier, réalisé par Karsh, a été retenu parmi les premières œuvres photographiques acquises par les archives du la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada).

 

Karsh photographie généralement les artistes qui regardent droit dans l’objectif, posant aux côtés d’une de leurs œuvres qu’il s’agisse de peinture, de sculpture ou d’art textile. L’artiste participait pleinement à cette mise en scène, conscient que l’image ainsi captée serait largement diffusée comme représentation emblématique. Le portrait de Pablo Picasso (1881-1973), réalisé en 1954, par exemple, n’illustre pas l’artiste en plein travail, mais propose plutôt une synthèse de son génie singulier, l’immortalisant aux côtés de l’œuvre née de sa création.

 

Le portrait de Riopelle réalisé par Karsh évoque un sentiment d’immédiateté : l’artiste est absorbé par son travail créatif, indifférent à toute reconnaissance extérieure. On peut aussi y lire un refus implicite de se plier aux attentes liées au rôle de sujet photographié, Riopelle détournant ostensiblement le regard de l’objectif.

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