Roppeita Kita, avec son petit-fils, Nagayo Kita 1er novembre 1969

Roppeita Kita, avec son petit-fils, Nagayo Kita, 1er novembre 1969

Yousuf Karsh, Roppeita Kita, with Grandson Nagayo Kita (Roppeita Kita, avec son petit-fils Nagayo Kita), 1er novembre 1969
Épreuve à la gélatine argentique, 50 × 39,7 cm
Succession Yousuf Karsh

Puisant dans les traditions classiques du portrait peint, Karsh érige ses sujets en figures intemporelles, leur conférant une forme d’immortalité. Ce souci de permanence exprime sa conception du portrait comme témoignage visuel durable, transcendant le moment historique un fil conducteur de son œuvre, déployée sur six décennies.

 

Dès les années 1960, le statut de Karsh comme photographe émérite lui vaut une nomination au poste de conseiller photographique spécial pour l’Expo 70, qui se tient à Osaka, au Japon. En 1969, il se rend au Japon en amont de l’événement afin de photographier des figures éminentes du monde des affaires, des arts, du spectacle, ainsi que des récipiendaires du prix Nobel, reconnues comme trésors nationaux vivants (Ningen Kokuhō).

 

Yousuf Karsh, Akira Kurosawa, 1er novembre 1969, épreuve à la gélatine argentique, 34,1 × 27,2 cm, Fonds Yousuf Karsh, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa.
Yousuf Karsh, Hideki Yukawa, 1er novembre, 1969, Succession Yousuf Karsh.

Parmi ses sujets figure l’éminent maître du théâtre nô, Roppeita Kita. Karsh racontera plus tard : « Roppeita Kita est plus qu’une légende au Japon, c’est un sanctuaire vivant si vénéré que toutes les personnes qui entrent au théâtre lorsqu’il est sur scène tombent à genoux en signe de respect. À plus de quatre-vingt-dix ans, il demeure l’un des plus grands acteurs du drame nô, ce théâtre raffiné depuis plus de sept siècles, si chargé de symbolisme subtil que peu parmi la population japonaise contemporaine en saisissent pleinement toutes les nuances. » Sur cette photographie, une douce lumière éclaire le visage et les mains ridées du vénérable acteur, évoquant le passage du temps. La présence de son petit-fils, Nagayo, lui aussi interprète du nô, suggère une tendresse familiale, le respect envers les aînés, et la transmission d’une tradition de mentorat.

 

Pour Karsh, le statut de légende vivante ne se limite pas aux figures célèbres ayant atteint un âge avancé il s’étend à toute personne dotée d’un talent exceptionnel, quel que soit son âge. Son portfolio du Japon de 1969 comprend également des figures de renom issues d’une génération plus jeune, notamment le cinéaste Akira Kurosawa, salué pour ses techniques expérimentales dans des films tels que Rashomon (1950) et Les sept samouraïs (1954). Karsh photographie également le physicien Hideki Yukawa, premier lauréat japonais du prix Nobel et ardent défenseur du désarmement nucléaire. Kurosawa et Yukawa ont à peu près le même âge que Karsh à l’époque le début de la soixantaine et sont à l’apogée de leur carrière. Plutôt que d’incarner les traditions durables du Japon, ils incarnaient l’influence croissante du pays dans l’ère moderne.

 

Au cours de son voyage, Karsh s’intéresse vivement au système japonais de désignation du patrimoine, notamment à la reconnaissance des Trésors nationaux vivants personnes désignées comme dépositaires de biens culturels immatériels importants. Cette approche fait écho à son propre travail, consacré à la mise en lumière de l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur, et à la création d’un langage visuel exprimant la bonté, le talent et l’accomplissement. L’idée d’immortaliser les légendes vivantes d’une nation sous forme de portrait collectif incarnant à la fois la tradition et l’innovation influence ses projets ultérieurs, notamment les portfolios Karsh Canadians (1978) et Karsh : American Legends (1992), dans lesquels il dresse le portrait des grandes figures de son époque.

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