L'artiste Jack Chambers (1931-1978) de London, en Ontario, entreprend cette peinture en juillet 1969, juste avant d’apprendre qu’il souffre de leucémie. Elle reste inachevée à sa mort en 1978, même s’il y a travaillé régulièrement et l’a même exposée dans sa rétrospective de 1970, où il l’intitule Dimanche midi. Cette scène d’intérieur chargé de sens, où Chambers préside la table familiale, est un rare autoportrait et le seul portrait comprenant les quatre membres de la famille. C’est une image d’attente : la table est mise, mais le repas n’a pas commencé; il y a une chaise vide à droite de l’artiste. 

 

Jack Chambers, Lunch (Déjeuner), 1969 (inachevée)

Jack Chambers, Lunch (Déjeuner), 1969 (inachevée)

Huile et peinture synthétique sur bois, 197,9 x 182,9 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Comme si souvent dans le travail de Chambers, le quotidien est transcendé. Puisqu’il est catholique – il s’est converti lorsqu’il était étudiant à Madrid –, il est bien difficile de nier l’évocation de La Cène par Léonard de Vinci (1452-1519). Il ne faut toutefois pas sauter à la conclusion que le peintre s’est donné le rôle du Christ. Déjeuner – d’abord intitulé Déjeuner du dimanche – est comparable, au point de vue du thème et de l’exécution, à sa série des Dimanche matin dans laquelle il aborde la relation de sa famille au divin. 

 

Déjeuner place l’artiste dans une position délicate : son épouse Olga souhaite qu’il lui donne le tableau. Toutefois, Chambers est déterminé à laisser à sa famille le meilleur héritage financier possible. L’état d’inachèvement du tableau révèle que l’artiste n’a pas eu à choisir entre ces priorités familiales.

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Jack Chambers : sa vie et son œuvre par Mark A. Cheetham.

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