Le vocabulaire de l’op art est parfaitement adapté au rendu d’un des arts décoratifs que Harold Town (1924-1990) affectionne : le sapin de Noël. Ses propres arbres sont légendaires, vu le nombre ahurissant de décorations qu’ils contiennent toujours. Il réalise une série de peintures inspirées par le souvenir visuel d’un plancher jonché de boules de Noël cassées. Town accomplit ce tour de force technique avec un objectif complexe en tête, comme on a décrit dans un article de Toronto Star : « “J’étais intéressé par la problématique de la profondeur ultime et du caractère immuable de la surface bidimensionnelle. La toile est couverte d’infinités implicites” , dit-il en montrant le plus grand de ces tableaux, qu’il décrit comme son propre Vermeer. »

 

Harold Town, Lumière silencieuse No 11, 1968-1969

Harold Town, Lumière silencieuse No 11, 1968-1969
Huile et lucite sur toile, 132,1 x 132,1 cm, succession de Harold Town

Comment Town peut-il établir un lien entre cette toile et l’œuvre de Johannes Vermeer (1632-1675)? Depuis longtemps, il s’intéresse à Piet Mondrian (1872-1944), bien connu pour son goût de l’ordre et de la structure, et l’œuvre de Vermeer partage ces mêmes qualités. Il faisait également preuve d’une maîtrise du rendu de l’espace et de la lumière. Ici, Town entrelace des formes curvilignes aléatoires (des fragments des boules de verre cassées) avec l’éclat de surface caractéristique de l’op art, intégrant ces deux éléments dans une composition rigoureusement ordonnée. Dans un essai de catalogue écrit en 1967 au sujet de Town, son galeriste Jerrold Morris résume les priorités émergentes de son œuvre de la fin des années 1960 : « Elle est caractérisée par une complexité maîtrisée par l’intelligence, et par un lyrisme contenu par la formalité. »

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Harold Town : sa vie et son œuvre par Gerta Moray.

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