Norval Morrisseau (1931-2007) peint cette œuvre deux ans après sa première exposition à la Pollock Gallery de Toronto. Il fait un certain nombre d’autoportraits au cours de sa carrière, et L’artiste dévoré par des démons, qui compte parmi les premiers, est un excellent exemple de cet aspect de son travail. Le tableau reflète les conflits auxquels il fait face à l’époque de son entrée dans le monde de l’art.

 

Norval Morrisseau, Self-Portrait Devoured by Demons, 1964

Norval Morrisseau, L’artiste dévoré par des démons (Self-Portrait Devoured by Demons), 1964
Acrylique sur papier, 209,2 x 78,7 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Selon l’interprétation freudienne, les sept serpents qui enveloppent l’artiste seraient considérés comme des symboles phalliques. Dans la tradition chrétienne, ils sont associés au mal. Mais, compte tenu des origines culturelles de Morrisseau, il est essentiel d’établir un croisement de sens pour comprendre cette image. Dans la culture anishinabée, le serpent ne signifie pas toujours le mal : les serpents ont également un pouvoir de guérison et ils sont utilisés dans les rites midés de la religion midéwiwine.

 

Bien que les serpents renvoient à des récits traditionnels, il est possible que Morrisseau leur confère un sens qui correspond à sa situation du moment. Les serpents peuvent être interprétés comme une évocation visuelle du carcan que lui impose son indigénéité (sur le plan culturel et politique) en tant qu’artiste et en tant qu’Autochtone au Canada dans les années 1960. À mesure qu’il innove et négocie les virages et obstacles de la politique culturelle canadienne, Morrisseau est clairement incertain de ce qui l’attend, et c’est ce sentiment de vulnérabilité qu’il exprime ici.

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Norval Morrisseau : sa vie et son œuvre par Carmen Robertson.

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