Le marécage aux atocas, 1916, est un pas en direction de l’abstraction – un pas de plus vers un monde que Tom Thomson (1877-1917) n’aura jamais la chance d’explorer à cause de sa mort prématurée. Cette esquisse à l’huile marque un changement dans le mode d’expression de l’artiste. Les conventions traditionnelles du paysage, habituellement respectées par Thomson, commencent à disparaître, ses teintes se font plus vibrantes, et bien que les sujets demeurent reconnaissables, ses compositions deviennent des champs de bataille où les couches de peinture s’entremêlent et s’affrontent.

 

Tom Thomson, Le marécage aux atocas, 1916

Tom Thomson, Le marécage aux atocas (Cranberry Marsh), 1916
Huile sur bois, 21,9 x 27 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

En tant que sujet, Le marécage aux atocas n’a rien de spectaculaire : un marécage devant une petite colline arrondie sous un chaud soleil de début d’été. Mais Thomson en fait une scène lumineuse et d’une grande vivacité. L’horizontalité est forte et puissante, à l’exception de la cambrure de la colline, qui délimite la voûte céleste, et de la légère courbe à l’avant-plan.

 

Ce qui surprend toutefois, c’est le champ radieux au milieu du marécage lui-même : les brillants jaune doré, les orange tangerine et les traits épars de cramoisi d’alizarine évoquent un tapis de soleil ou les braises les plus ardentes d’une forge. Dans cette grande zone plate, émergent de petites taches de couleur lapis-lazuli avec une touche de vert sarcelle d’une intensité éclatante, une teinte qui contraste fortement avec la palette de l’œuvre, tel un abrupt changement de rythme en musique.

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Tom Thomson : sa vie et son œuvre par David P. Silcox.

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