De toutes les bizarreries de la photographie victorienne, l’une des plus incompréhensibles à nos yeux modernes est la photographie post-mortem, en particulier quand il s’agit d’un bébé ou d’un enfant. Au milieu des années 1860, le photographe de studio montréalais William Notman (1826-1891) a soigneusement mis au point sa manière d’aborder la photographie de ce sujet de portrait tristement commun. L’enfant est exposé les yeux clos, comme une poupée ou un enfant tout simplement endormi. L’arrière-plan et la robe sont aussi légers et simples que possible. Le foyer est fait sur le visage encore beau de l’enfant, représenté aussi pur et innocent que possible, un effet que rehausse encore plus l’éparpillement de fleurs, dont une est insérée dans son petit poing.

 

William Notman, Le bébé décédé de Mme Hillard, 1868
William Notman, Mrs. Hillard’s Dead Baby (Le bébé décédé de Mme Hillard), 1868
Sels d’argent sur papier monté sur papier, papier albuminé, 8,5 x 5,6 cm, Musée McCord, Montréal

L’idée de faire un portrait photographique d’un bébé décédé nous paraît macabre, mais la relation des Victoriens avec la mort et la mortalité infantile est très différente. À cette époque, tout près d’un tiers de tous les enfants nés meurent avant l’âge adulte et ces morts ont toutes lieu à la maison. Après un décès, les visiteurs sont reçus dans le foyer familial où ils peuvent voir le corps, qui est soigneusement disposé pour les personnes venues rendre un dernier hommage et pour le photographe.

 

Si les archives sont vraiment précises, l’année 1868 connaît une augmentation abrupte du nombre de portraits d’enfants décédés produits par le studio. C’est cette même année que Fanny, la fille aînée bien-aimée de Notman, est emportée par une méningite à l’âge de onze ans.

 

Cette rubrique en vedette est extraite de William Notman : sa vie et son œuvre par Sarah Parsons.

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