Cunnawa-bum v. 1849-1856

Cunnawa-bum v. 1849-1856

Paul Kane, Cunnawa-bum, Métisse (descendance crie des Plaines et britannique), v. 1849-1856

Huile sur toile, 64,2 x 51,5 cm

Musée royal de l’Ontario, Toronto

Du cycle de cent peintures que Kane réalise, c’est celle-ci, Cunnawa-bum, qui est retenue pour le frontispice de son livre Promenades d’un artiste parmi les Indiens de l’Amérique du Nord. Bien que l’image représentant une jeune Métisse de descendance crie des Plaines et britannique que l’on retrouve dans le livre ne soit qu’un portrait parmi plusieurs dans le cycle de peintures, le choix de l’inclure en frontispice fait d’elle la cover-girl du grand projet de la vie de Kane. Dans Promenades d’un artiste, ce dernier explique que la jeune femme, rencontrée au fort Edmonton, tenait son éventail d’ailes de cygne « de la manière la plus coquette » et que c’est son charme qui l’inspire.

 

Art Canada Institute, Paul Kane, Compositional Studies of Four Figures with Fans, c. 1846–48
Paul Kane, Études de composition de quatre figures tenant des éventails, v. 1846-1848, graphite sur papier vélin, 11,2 x 9,4 cm, Musée royal de l’Ontario, Toronto.
Art Canada Institute, Paul Kane, Portrait of a Half-Breed Cree Girl, 1859
Paul Kane, Portrait d’une jeune fille de sang mêlé, 1859, chromolithographie, frontispice de Promenades d’un artiste parmi les Indiens de l’Amérique du Nord (1859).

Il n’existe aucun croquis ni dessin préliminaire pour Cunnawa-bum. La représentation de l’éventail est le résultat de plusieurs esquisses d’une figure tenant un éventail, parfois à l’intérieur d’un cadre oval. L’un de ces dessins est le profil d’une femme « à tête aplatie »; aucun ne présente de traits détaillés laissant entendre que nous sommes en présence d’une personne précise. Dans son tableau, le bras qui semble étrangement détaché du corps suggère implicitement que c’est le séduisant éventail qui intéresse ici Kane, comme en atteste la manière dont il est projeté, en trompe-l’œil, au cœur du champ de vision du regardeur.

 

L’aspect étrangement générique de ce portrait, bien qu’on puisse le lier à une personne précise, se retrouve également lorsque Kane en fait faire une chromolithographie qui servira de frontispice à Promenades d’un artiste, où son titre devient l’anonyme Portrait d’une jeune fille crie de sang mêlé. Selon l’ethnologue Daniel Wilson (1816-1892), un ami de Kane qui signe une critique de Promenades d’un artiste, le tableau saisit la dualité ethnique du sujet; Wilson écrit que le tableau « propose une fascinante illustration du mélange des traits blancs et indiens chez la femme de sang mêlé ». Wilson critique le travail de l’imprimeur lithographique, Vincent Brooks, lequel « a sacrifié toute trace des traits indiens dans son désir de réaliser sa propre idée d’un beau visage, qui aurait tout aussi bien pu être réalisée à partir d’une poupée de cire ordinaire ».

 

Pour l’artiste, l’ethnographe et l’imprimeur lithographique, respectivement, l’essence du charme de Cunnawa-bum se résume à son éventail, à son identité métisse et à son apparence de mignonne poupée de cire. Il serait sans doute préférable pour Cunnawa-bum que nous nous penchions davantage aujourd’hui sur la signification de son nom — « Celle qui regarde les étoiles » — afin de subvertir le regard masculin posé sur sa personne, et reconnaître plutôt le pouvoir dont elle est investie.

 

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