Club de crosse St-Regis 1867

 Club de crosse St-Regis 1867

William Notman, Club de crosse St-Regis, Montréal, 1867
Sels d’argent sur papier monté sur papier, papier albuminé, 10,1 x 13,9 cm
Musée McCord

Les prêtres jésuites français ont découvert la crosse au dix-septième siècle et l’ont décrite comme un rituel cérémoniel des cultures algonquine et iroquoise. Des équipes composées d’une centaine et jusqu’à un millier de joueurs s’affrontaient dans un champ dont la grandeur variait d’un demi-kilomètre à trois kilomètres de long. Les règles étaient négociées avant le début de la partie, qui pouvait durer plusieurs jours et servait à des fins spirituelles et pratiques, comme la résolution de conflits et l’entraînement des guerriers. Les Jésuites désapprouvaient la crosse en raison de sa violence et des paris qu’elle provoquait. Toutefois, au dix-huitième siècle, les colons français commencent à la pratiquer, mais semblent rarement vaincre leurs adversaires autochtones.

 

Art Canada Institute, William Notman, Montreal Lacrosse Club, 1867
William Notman, Club de crosse de Montréal, 1867, sels d’argent sur papier monté sur papier, papier albuminé, 14 x 10 cm, Musée McCord.

Au milieu du dix-neuvième siècle, le jeu est intégré à la culture anglophone des sports de loisirs organisés, qui s'est adaptée avec enthousiasme aux passe-temps locaux comme la raquette, le patinage et la crosse. William George Beers, un dentiste montréalais, fonde le Montreal Lacrosse Club quand il est adolescent en 1856. Dès les années 1860, il commence à établir les règles du jeu, qui exigent le remplacement de la balle en peau de chevreuil bourrée de cheveux par une balle en caoutchouc de dimension consacrée et la standardisation des bâtons. Beers précise aussi le nombre de joueurs et la grandeur du champ. Il fonde la Canadian National Lacrosse Foundation et le présent portrait semble le souligner ainsi que l’année de la première partie jouée selon les nouvelles règles. Beers insiste pour dire que la crosse serait un bon choix comme sport national pour unifier le pays. La Confédération est le moment idéal pour le préconiser.

 

Beers est un client régulier de Notman et il est raisonnable de penser que c’est lui qui commande une série de photos des équipes autochtones et anglophones tant à titre de documents que pour mousser la popularité du sport, surtout selon ses nouvelles règles. Voilà une utilisation précoce et créatrice de la photographie dans le domaine du marketing. La rencontre qui permet de réaliser cette photographie est inusitée tant pour Notman que ses modèles. Malgré l’alignement des joueurs et leur pose décontractée sous les drapeaux de l’association de crosse, leur mise en place et leur langage corporel paraissent étranges, surtout si on la compare à l’image du Club de crosse de Montréal que fait Notman la même année. Les joueurs de Montréal paraissent plus confortables devant l’objectif, bien que ce soit le photographe qui soit le maître ultime de leur mise en place. C’est Notman qui a indiqué à chaque homme sa position et la pose à prendre. À leur tour, ils semblent s’être volontairement soumis à cette autorité familière et respectée.

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