En Télécharger le livre Tous les livres d’art Accueil

Sans titre, 1964

Sans titre, 1964

Jean Paul Riopelle, Sans titre, 1964
Huile sur toile, 276,4 x 214,5 cm (section 1); 275,5 x 214,7 cm (section 2); 275,5 x 214,5 cm (section 3)

© Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2019)
Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington D.C.

Jean Paul Riopelle a produit de vastes compositions tripartites, tout comme sa compagne Joan Mitchell (1925-1992), la peintre américaine avec qui il a passé près de 25 ans. On a d’ailleurs souvent rapproché leurs tableaux, comme c’est le cas de Sans titre de Riopelle et de Girolata de Mitchell, tous deux datés de 1964. Selon le spécialiste de Riopelle, Michel Martin, chacune de ces œuvres tend à représenter un paysage marin. Non seulement sont-elles exactement contemporaines, mais ces œuvres sont de surcroît conservées au même endroit, dans la collection du Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington, D.C.

 

Joan Mitchell, Girolata, 1964, huile sur toile, 258,4 x 481,6 cm, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington D.C.

Dans Sans titre, les sections un et trois se répondent, à la fois par la couleur (rouge, bleu, gris, brun) et par l’utilisation de la spatule : celle-ci se fait large dans les parties colorées et plus étroite dans les gris. Au centre, la section deux fait contraste par son uniformité de couleur et d’accents. En revanche, Girolata est un triptyque qui semble plus unifié en matière de formes et de couleur, concentré sur les gris, les noirs et les blancs, avec quelques accents beiges ou roses, ici et là. Dans l’œuvre de Mitchell, on passe presque insensiblement d’une section à l’autre, ce qu’on ne peut faire chez Riopelle. Son œuvre présente plutôt des zones foncées de rupture, ce qui génère un effet de monumentalité particulier. Les formes majestueuses du triptyque de Riopelle semblent difficiles à contenir dans les limites du cadre, à la fois sur les côtés (sections un et trois) et sur le haut des trois sections. Le tableau de Mitchell respecte les limites de la surface peinte, les formes étant presque centrales dans les trois sections de Girolata. En conséquence, la composition de Riopelle est donc plus près du all-over reconnu aux expressionnistes abstraits américains : les éléments picturaux, répartis de manière plus ou moins uniforme sur la surface, semblent jaillir au-delà des limites de l’œuvre.

 

L’un des grands problèmes soulevés par l’expressionisme abstrait américain, quand il a voulu se démarquer de l’art européen, touche à la question de la dimension des tableaux. En Europe, les peintres ont pratiqué la murale – soit des tableaux de très grandes dimensions – pour véhiculer des messages sociaux ou politiques, comme Théodore Géricault (1791-1824) par exemple, avec Le Radeau de la Méduse, 1818-1819, faisant près de cinq mètres sur sept, ou Eugène Delacroix (1798-1863), avec La Liberté guidant le peuple, 1830, de deux mètres et demi sur trois. Quant aux Américains, aux dires du critique formaliste Clement Greenberg (1909-1994), ils ont adopté un format intermédiaire entre la murale et le tableau de chevalet et ont ainsi détaché leur peinture de tout message politique et de toute propension au réalisme. Avec Sans titre, 1964, Riopelle ne semble pas se soucier de ce débat. Le peintre ne fait pas de concession entre le format de chevalet et la grande machine puisque son œuvre est monumentale, sectionnée en trois panneaux presque identiques de près de trois mètres sur deux.

 

Télécharger Télécharger