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Buchenwald 1944–1945

Buchenwald 1944–1945

Gershon Iskowitz, Buchenwald, 1944–1945

Aquarelle et encre sur papier monté sur carton, 39,5 x 52,3 cm

McMaster Museum of Art, Hamilton

Buchenwald est l’une de deux œuvres d’Iskowitz qui ont survécu à son emprisonnement dans les camps de concentration nazis. Le tableau montre un groupe de prisonniers, avec vue sur les baraques du camp à l’arrière-plan. Il est peu probable que le dessin d’Iskowitz ait été conçu pour représenter des personnes ou un moment précis, mais il résulte de l’observation directe de la scène et a été réalisé à un moment où l’issue de la guerre et son propre destin étaient incertains. Iskowitz a dit plus tard qu’il avait fait de tels tableaux dans les camps pour demeurer sain d’esprit, en utilisant n’importe quel matériel qui lui tombait sous la main en fouillant les poubelles, et qu’il les gardait cachés pour éviter d’être pris en défaut par les gardes du camp. Ne considérer Buchenwald qu’en « termes d’art », ce serait diminuer la réalité qu’elle évoque, celle d’une personne qui réfléchit sur la souffrance de tous les prisonniers dans le camp. De cette façon, nous pouvons voir l’œuvre comme un acte d’espérance face à l’horreur indicible, même si elle dépeint « les condamnés dans les dernières étapes de l'épuisement. »

 

Gershon Iskowitz, Condemned (Condamné), v.1944-1946, plume, encre noire et aquarelle sur papier vélin crème, 71,3 x 54,4 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Dans ce contexte concret, le dessin d’Iskowitz est une source de première main — l’artiste a été à la fois témoin et victime — mais des comparaisons artistiques ont inévitablement été faites. La guerre de Sécession de 1861-1865 a été le premier conflit documenté par l’appareil photo nouvellement inventé. Pourtant, les documents photographiques peuvent ne pas avoir le même impact aujourd’hui dans un monde contemporain marqué par Internet et constamment bombardé d’images. Les internautes peuvent simplement choisir de détourner le regard de l’horreur représentée.

 

L’œuvre bouleversante d’artistes allemands qui ont vu l’action militaire pendant la Première Guerre mondiale fournit une autre comparaison : Der Krieg (La guerre), 1924, une suite de cinquante gravures, pointes sèches et aquatintes d’Otto Dix (1891-1969), par exemple, et des gravures uniques réalisées après la guerre par Erich Heckel (1883-1970) et George Grosz (1893-1959). Käthe Kollwitz (1867-1945), une socialiste et pacifiste engagée qui a perdu son fils cadet pendant la Première Guerre mondiale, a produit une suite de sept gravures sur bois intitulée War (Guerre), 1923. Toutes ces œuvres témoignant crûment des atrocités de la guerre ont été influencées par Los Desastres de la Guerra (Les désastres de la guerre), une série de gravures de Francisco Goya (1746-1828). Créées entre 1810 et 1820, ces gravures sont une réflexion satirique et crue des horreurs dont il a été témoin durant la Guerre d’indépendance espagnole (1808-1814).

 

Buchenwald d’Iskowitz a été exposée pour la première fois à l’exposition annuelle de 1954 de la Société canadienne des arts graphiques au Musée des beaux-arts de Toronto (aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Ontario) et a été incluse dans la rétrospective qui lui a été consacrée en 1982 au Musée des beaux-arts de l’Ontario.

 


 

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