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Fille à la fenêtre 1941

Fille à la fenêtre 1941

Prudence Heward, Fille à la fenêtre (Girl in the Window), 1941
Huile sur toile, 86,4 x 91,5 cm
Art Gallery of Windsor

Fille à la fenêtre (Girl in the Window) se démarque puisqu’il s’agit du seul portrait de femme noire de Prudence Heward dans un intérieur domestique. Il n’y a qu’une fenêtre qui sépare la figure du monde extérieur, un monde urbain plutôt que rural ou exotique. Comme l’ont souligné certains chercheurs, les édifices à l’arrière-plan révèlent qu’elle se trouve dans un quartier ouvrier de Montréal, une allusion à la condition de pauvreté dans laquelle vivent beaucoup de Noires dans les années 1930 et 1940.

 

Art Canada Institute, Prudence Heward, Negress with Sunflowers, c. 1936
Prudence Heward, Négresse et tournesols (Negress with Sunflowers), v. 1936, huile sur toile, 86,3 x 91,4 cm, collection privée.

 

Malgré le mot girl dans le titre, cette œuvre (et de nombreuses autres de Prudence Heward) représente une femme et non une jeune fille. Dans Clytie, 1938, la jeune fille noire porte une robe rose et des gants blancs. Pourtant, dans la plupart de ses tableaux de femmes noires, les sujets sont nus ou à demi vêtus, comme dans Femme brune (Dark Girl), 1935 et Négresse et tournesols (Negress with Sunflowers), 1936. Toutefois, la femme de Fille à la fenêtre porte quelques vêtements — un cardigan et une jupe ou une couverture pour cacher son ventre —, mais pas de chemisier, ce qui laisse voir partiellement ses seins. Il ne s’agit pas d’un tableau explicitement érotique, mais en choisissant de révéler la poitrine de cette femme, Heward la présente comme un être vulnérable à la portée du regard du spectateur (peu importe son sexe), et elle pourrait très bien être considérée comme un objet sexuel. Comme dans la plupart des portraits de femmes noires de Heward, l’identité du sujet de Fille à la fenêtre est inconnue et nous ignorons comment l’artiste a fait sa connaissance.

 

Dans sa critique de la deuxième exposition du Canadian Group of Painters (1936), l’artiste et critique Pegi Nicol (1904-1949) écrit ceci au sujet de Femme brune : « Mademoiselle Heward a son propre coloris franchement morbide et sa façon bien à elle de peindre des femmes cafardeuses. » Plus récemment, des historiens de l’art ont aussi remarqué la mélancolie apparente des sujets féminins de race noire chez Heward, mais ils interprètent souvent de manières différentes ses intentions. La conservatrice Natalie Luckyj, entre autres, croit que les portraits de femmes noires donnent à Heward « une merveilleuse occasion […] d’explorer le potentiel harmonique de mélanges inhabituels et spectaculaires de couleurs » alors que l’historienne de l’art Charmaine Nelson allègue que ces tableaux traitent du déséquilibre de pouvoir entre une artiste de race blanche et ses modèles de race noire.

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