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Rollande 1929

Rollande 1929

Prudence Heward, Rollande, 1929
Huile sur toile, 139,9 x 101,7 cm
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Prudence Heward représente souvent des femmes dans un cadre rural. Elle aime peindre et dessiner les paysages des environs de Fernbank (Athens et Brockville) où sa famille possède un chalet, ainsi que de la campagne québécoise (Knowlton, les Laurentides et les Cantons de l’Est), qu’elle incorpore dans bon nombre de ses portraits féminins. Dans ce tableau, une jeune femme se tient les mains sur les hanches devant une clôture. La couleur intense de son tablier rose vif la détache de son environnement sombre. La clôture sert aussi de barrière entre Rollande et la ferme derrière elle, comme si cette fille d’agriculteurs tournait symboliquement le dos au passé.

 

Art Canada Institute, Tamara de Lempicka, Portrait of the Duchess de La Salle, 1925
Tamara de Lempicka, Portrait de la duchesse de La Salle, 1925, huile sur toile, 162 x 97 cm, collection privée.
Art Canada Institute, Installation view of the Exposition d’art canadien at the Musée du Jeu de Paume in Paris, 1927.
Prudence Heward, Sœurs du Québec rural (Sisters of Rural Quebec), 1930, huile sur toile, 157 x 107 cm, Art Gallery of Windsor.

Heward peint Rollande l’année suivant la réalisation de Femme sur une colline (Girl on a Hill), 1928, son portrait primé de la danseuse moderne Louise McLea assise devant un paysage rural. McLea n’est pas nommée dans le titre de son portrait, contrairement à la jeune Canadienne-française Rollande. On ignore cependant comment la peintre et son modèle se rencontrent. Les lèvres serrées et les sourcils froncés du sujet lui confèrent une expression intense, presque fâchée. Cette mine antagoniste unit la jeune fille et la Louise McLea de Femme sur une colline. Toutes deux regardent directement le spectateur, mais ni l’une ni l’autre n’a une expression chaleureuse. Dans ces tableaux, Prudence Heward met en place un modèle de représentation de femmes seules comme sujets modernes et indépendants.

 

On voit aussi Rollande dans Sœurs du Québec rural (Sisters of Rural Quebec), 1930, avec sa jeune sœur Pierrette. Elles regardent dans des directions différentes : Rollande tourne à demi la tête vers la gauche en direction du spectateur tandis que Pierrette a les yeux orientés vers le bas. Aucune des deux ne sourit, elles ont le visage fermé et absent. Ce tableau constitue un autre exemple du penchant de Prudence Heward à peindre des femmes de manière non traditionnelle. 

 

On a comparé les figures robustes et stylisées de Heward avec celles de Tamara de Lempicka (1898-1980), artiste d’origine polonaise spécialisée dans la représentation de sujets féminins. Son Portrait de la Duchesse de la Salle (1925, Galerie du Luxembourg), dont le sujet adopte une pose similaire à celle de Rollande, est exposé à Paris en 1926, pendant que Prudence Heward y séjourne. Même si Heward ne voit pas la version originale du portrait, elle a probablement connaissance de son existence puisque le fameux Autoportrait (Tamara dans la Bugatti verte), 1925 (collection privée), de Lempicka suscite passablement d’attention des journalistes à l’époque.

 

Rollande fait sensation en février 1930 lors de la cinquième exposition annuelle d’art canadien à la Galerie nationale du Canada (devenue le Musée des beaux-arts du Canada) à Ottawa. Le Regina Leader écrit : « Aucun tableau n’attire plus d’attention favorable que Rollande de Prudence Heward, la jeune artiste montréalaise qui a remporté la première place l’an dernier avec ‘Girl on Hill’ dans le concours de Lord Willingdon ». Selon le même auteur, Heward réalise le croquis de ce portrait l’été précédent sur l’île d’Orléans, en aval de Québec. Le tableau fera encore l’objet de critiques positives lorsqu’il sera exposé aux États-Unis en 1930, puis en Australie, en Nouvelle-Zélande, à Hawaï et en Afrique du Sud six ans plus tard.

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