Viol aux confins de la matière 1943

Viol aux confins de la matière 1943

Paul-Émile Borduas, Viol aux confins de la matière, 1943

Huile sur toile, 40,4 x 46,5 cm
Musée d’art contemporain de Montréal

Avec Viol aux confins de la matière, Borduas relève le défi de peindre à l’huile. Dans une œuvre comme Étude de torse ou Nº 14, 1942, la gouache — médium à l’eau — avait permis une certaine spontanéité de l’expression. Pourra-t-il transposer cette spontanéité dans des tableaux à l’huile? Pourra-t-il conserver la même vitesse d’improvisation? La même vivacité des couleurs et la même définition nette des plans? Pour l’artiste, le problème découle des différences techniques entre la peinture à l’huile et la peinture à la gouache. L’huile sèche plus lentement que l’eau et sa tension superficielle est moindre que celle de l’eau, c’est-à-dire qu’elle a tendance à ne pas rester dans les limites qu’on lui donne au départ. Elle risque de brouiller ainsi les lignes. Transposer purement et simplement les gouaches dans des tableaux à l’huile devient vite impraticable.

 

Art Canada Institute, Paul-Émile Borduas, The Phantom Boat (Le bateau fantasque), 1942
Paul-Émile Borduas, Le bateau fantasque, 1942, huile sur toile, 48,2 x 58,4 cm, Université de Montréal

Après quelques hésitations, telles que Le bateau fantasque, 1942, Borduas adopte une nouvelle approche. À l’opposition de la ligne et de la couleur, qui opérait dans les gouaches, il substitue une opposition entre le fond, peint au pinceau d’abord, et les objets en suspension dans l’espace peint devant ce fond. Viol aux confins de la matière, comme son titre l’indique, pourrait être vu comme le tourbillon des galaxies sur un fond de nuit cosmique. Borduas maintient cette nouvelle approche durant toute sa période proprement automatiste. Avec le temps, la couleur du fond se raffine de manière à évoquer tantôt le fond de la mer, tantôt le matin ou le crépuscule.

 

Les objets, d’abord peints au pinceau, sont peints à la spatule. On pourrait dire qu’après avoir exploité la formule de composition de la nature morte et du portrait dans ses gouaches, Borduas adopte celle du paysage dans ses huiles de 1943 à 1949. Ce rapport au paysage est parfois explicite dans les titres qu’il donne après coup aux tableaux : Le Facteur ailé de la falaise, 1947; Sous le vent de l’île ou 1.47, 1947; et Rocher noyé dans le vin, 1949. 

 

 

 

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