Le cercle de grande réserve 1965

Le cercle de grande réserve 1965

Yves Gaucher, Le cercle de grande réserve, 1965 
Acrylique sur toile, 215,9 x 215,9 cm
Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto, 
© Succession Yves Gaucher / SODRAC (2015)

Le cercle de grande réserve fait partie de la série des Danses carrées de 1965, qui, en forme de losanges au mouvement rythmique, sont les premiers tableaux importants de Gaucher à émerger des estampes, En hommage à Webern. Les tableaux des Danses carrées sont des toiles carrées pivotées à 45 degrés, dont il dynamise les champs colorés en redéployant le vocabulaire des « signaux » qu’il a inventé pour les estampes Webern; prenant habituellement l’apparence de traits minces et de petits carrés, il les agence en motifs réguliers sur la surface de la toile. Quant aux couleurs, il les assortit subtilement pour susciter des effets rapides d’images rémanentes ou d’autres interactions chromatiques. Les compositions peuvent être symétriques — dans un ou deux axes —, mais l’activité cinétique des couleurs met les signaux en mouvement selon un rythme rapide, évocation les pas et gestes des danses carrées éponymes.

 

Art Canada Institute, pages from Interaction of Color by Josef Albers (1963)
Pages du livre Interaction of Color, de Josef Albers (1963).
Art Canada Institute, Gaucher holding a paint roller c. 1968–69
Gaucher tenant un rouleau à peindre dans son atelier de la rue Saint-Paul Est, Montréal, v. 1968-1969.

En 1963, Gaucher avait lu Interaction of Color de Josef Albers (1888-1976), qui paraîtra chez Hachette en 1974 sous le titre L’Interaction des couleurs. Cette lecture fait pour lui partie d’une étude systématique de la théorie des couleurs, comprenant aussi les écrits du chimiste Michel-Eugène Chevreul (1786-1889) et des artistes Wassily Kandinsky (1866-1944) et Auguste Herbin (1882-1960). Quand il se remet à peindre en 1964, il le fait aussi avec une perspective élargie de la peinture contemporaine la plus récente qu’il découvre lors de ses visites régulières à New York.

 

Manifestement, Gaucher a examiné attentivement les tableaux Boogie Woogie de Piet Mondrian (1872-1944). Il est séduit par leurs pulsations visuelles et leurs rythmes dansants, mais choisit souvent une palette singulière qui ne doit rien aux couleurs primaires du néoplasticisme. Comme ses camarades montréalais Guido Molinari (1933-2004) et Claude Tousignant (né en 1932), Gaucher applique sa peinture au rouleau et utilise du ruban masque pour obtenir des contours droits et nets. Les effets optiques exigent des arêtes précises, des surfaces impersonnelles et un certain degré de symétrie. C’est en peignant la série des Danses carrées que Gaucher s’approche le plus de l’art optique, ce qui lui permettra de participer au milieu des années 1960 à plusieurs expositions d’op art aux États-Unis.

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