Dimanche matin no 2 1968-1970

Jack Chambers, Dimanche matin no 2, 1968-1970

Jack Chambers, Sunday Morning No. 2 (Dimanche matin nº 2), 1968-1970

Huile sur bois, 121,9 x 121,9 cm

Loch Gallery, Toronto

Remarquable à bien des égards, le tableau Dimanche matin no 2 est réalisé pendant la même période que Cercle, Le cerf de London et La 401 vers London nº 1. Chambers le choisira, ainsi que La 401, pour illustrer son manifeste capital de 1969, Perceptual Realism. Il y représente un important moment, une soudaine intuition lorsqu’il a vu ses fils et leur vie de famille d’une manière intensifiée, spirituelle. S’il travaille avec grand soin en partant de photos prises quelque temps après l’inspiration première, Chambers n’essaie pas de reproduire le moment, mais cherche plutôt à rendre la profondeur de sa perception sur un mode accessible au public. Voilà le but et le génie du réalisme perceptuel.

 

De nouveau la question se pose : dans quelle mesure et de quelle manière sa maladie influe-t-elle sur sa création? Chambers apprend qu’il est atteint de leucémie en juillet 1969 et que son temps est compté. Il a 38 ans. Il a presque terminé La 401, mais pas Dimanche matin no 2. Il n’a pas choisi cette image parce qu’il est malade, mais l’un des nombreux effets de cette terrible nouvelle est d’aiguiser encore plus son sens des affaires. Il ne juge pas vil l’aspect financier de l’art, et nous ne le devrions pas dans l’évaluation de l’incidence de sa maladie. Dans son autobiographie de 1978, il écrit : « Tant que j’étais en santé et productif, il n’y avait nul besoin de considérer une autre valeur que celle de la création […] Maintenant que ma capacité à produire est menacée, je dois m’intéresser à une valeur plus pratique : le montant d’argent que vaut vraiment mon travail. » Pour faire vivre sa famille et obtenir aussi un prix de vente proportionnel à la valeur qu’il accorde à son travail, Chambers fixe un prix élevé pour ce tableau, cinq fois celui payé pour 401. Le tableau Dimanche matin no 2 est vendu 25 000 $ en 1970, le prix le plus élevé jamais payé pour une œuvre d’un artiste canadien vivant.