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Les chargeurs de meules v.1950

Ozias Leduc, Les chargeurs de meules, v.1950

Ozias Leduc, Les chargeurs de meules, v.1950  
Huile sur toile marouflée, 370 x 185 cm
Église Notre-Dame-de-la-Présentation de Shawinigan, Patrimoine culturel du Québec

En 1941, le projet de décor de l’église Notre-Dame-de-la-Présentation de Shawinigan-sud se présente comme une occasion inattendue dans la carrière d’Ozias Leduc. L’artiste ne pensait sans doute plus entreprendre un chantier d’importance et il n’a pas reçu de commande de ce genre depuis sept ans. Si ce projet lui fournit la chance de réaliser un ensemble où il pourra donner libre cours à sa créativité, il le fait dans la limite de moyens somme toute fort réduits. La condition physique de l’artiste, les restrictions causées par la guerre (en approvisionnement de matériel), l’ampleur du projet et les ressources matérielles de la paroisse sont autant de contraintes qui entravent ce chantier.

 

Le modeste bâtiment se présente sous la forme d’un rectangle aux angles coupés, et prolongé par un chœur de format rectangulaire plus étroit. La disposition des fenêtres et des poutres qui ornent la voûte structure la disposition du programme iconographique qui comprend treize tableaux en plus des anges cariatides associés aux solives.

 

Les œuvres révèlent un sujet différent en fonction de leur emplacement dans l’église. Leduc réalise un programme qui réunit le fondement de la foi chrétienne, la Trinité et le sacrifice de la messe, à des scènes contemporaines. Depuis qu’il a exécuté le décor de la chapelle du Sacré-Cœur de l’église Saint-Enfant-Jésus du Mile-End entre 1917 et 1919, Leduc s’intéresse à la manière de représenter le sujet du salut par le travail et à réunir des éléments fondateurs de la foi chrétienne avec les fidèles qui se réunissent à l’église. La foi des paroissiens, leur geste quotidien, s’accorde ainsi avec la démarche du premier missionnaire venu convertir les Attikamègues et avec les étapes du salut de l’humanité (tentation et rachat) par le sacrifice du Christ.

 

Ozias Leduc, Le semeur, v.1950, huile sur toile marouflée, 370 x 185 cm, église Notre-Dame-de-la-Présentation, Shawinigan.
Ozias Leduc, Les défricheurs, v.1950, huile sur toile marouflée, 370 x 185 cm, église Notre-Dame-de-la-Présentation, Shawinigan.

Aussi, pour ce décor, il propose un immense tableau réunissant La Sainte Trinité avec l’offrande de Melchisedech et le sacrifice d’Abraham qui couvrent le chevet du chœur qui sont ainsi associés à la messe. Deux toiles représentant La Présentation de Marie, la scène tutélaire de la paroisse, et Le Couronnement de Marie, sont placées de part et d’autre de la voûte de la nef. Les angles des murs de la nef sont ornés de quatre scènes se rapportant à l’Ancien et au Nouveau Testament : La Tentation d’Adam et Ève, La Tentation de Jésus dans le désert, L’Annonciation et La Sainte Famille à l’atelier de Nazareth. Enfin, les murs de la nef sont décorés de six tableaux, dont deux à caractère historique : Le père Jacques Buteux au pied des chutes de Shawinigan (28 mars 1651) et Le père Jacques Buteux tombant sous les coups des Iroquois (10 mai 1652) et quatre scènes inspirées par les travailleurs de la région qu’ils soient actifs dans le milieu agricole ou industriel : Les défricheurs, Le semeur, Les chargeurs de meules, Les fondeurs de métal.

 

Les chargeurs de meules se rapportent au travail de transformation du bois en pâte de papier. La Mauricie est bien connue pour ses forêts de résineux propres à fournir les nombreuses papetières de la région, dont la Belgo, établie à Shawinigan. La disposition en oblique des billes de bois offre une résistance aux gestes des ouvriers chargés de les porter dans le broyeur afin qu’elles soient déchiquetées. Les formes simplifiées, l’opposition entre les éléments géométriques et les vapeurs traduisent la vigueur et la force de l’action en cours. Des papyrus, une presse et un livre dominent la scène et en résument les origines et la finalité.

 

Les étapes du passage d’un état à un autre, entre réflexion et action, ombre et lumière, damnation et rachat, sont à la source de l’art de Leduc. L’artiste nous porte à réfléchir sur la transition, les moments où, lentement, la pensée et le geste deviennent œuvre.