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1910 Remembered 1962

1910 Remembered 1962

Jean Paul Lemieux, 1910 Remembered, 1962
Huile sur toile, 108 x 148,8 cm
Collection particulière

1910 Remembered amorce un cycle de réminiscences autobiographiques qui est au cœur de la période classique (1956-1970) de Jean Paul Lemieux. Dans ce tableau, le peintre se figure en gamin de six ans, le regard perçant et rieur, posant en costume de matelot entre Corine et Joseph Flavien, ses parents. « L’enfance, c’est la lumière, la joie, l’âge du bonheur parfait », confiera-t-il plus tard. « Il est possible d’être heureux avant l’âge de dix ans, puis après cinquante. Entre ces deux âges, c’est la lutte, les âpres combats... »

 

En 1965, le peintre revient à son enfance dans deux tableaux, à commencer par Les temps passés où il se représente âgé d’une dizaine d’années, en tête d’une succession de personnages revêtus de costumes d’époque, qui défilent dans un espace rythmé par des murs qui les cachent en partie. Dans cette mise en scène généalogique, la première figure à gauche correspond à son père Joseph Flavien dans 1910 Remembered. D’autres temps, incarnés par les ancêtres de Lemieux, « creusent la surface » jusqu’à ce que la lumière dissipe complètement leur présence.

 

Art Canada Institute, Jean Paul Lemieux, Summer of 1914 (L’été de 1914), 1965
Jean Paul Lemieux, L’été de 1914, 1965, huile sur toile, 79,2 x 175,5 cm, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec.

Cette même année 1965, n’ayant pas épuisé toute la richesse de son exploration rétrospective, le peintre livre une composition panoramique, L’été de 1914. Il est tentant d’y voir la suite narrative de l’épisode qu’il proposait dans 1910 Remembered, puisque les deux scènes se déroulent dans le parc de l’hôtel Kent House, aujourd’hui appelé le Manoir Montmorency, quoique le pavillon et le kiosque dans L’été de 1914 situent plus clairement l’endroit.

 

L’univers symbolique du peintre se cristallise dans ces trois remarquables tableaux. Dans 1910 Remembered, il est flanqué de ses parents, dont les profils s’étirent de bas en haut de la toile. Véritables piliers d’une tendre et bienheureuse jeunesse, ils encadrent le gamin dans un espace resserré, lui accordant leur protection bienveillante. Lemieux évoque-t-il les absences répétées de Joseph Flavien en le représentant cette fois à moitié exclu du tableau? À six ans, l’enfant a conscience de lui-même à travers ses parents. Derrière le trio familial, de petits personnages s’éloignent dans le parc à l’horizon bas, offrant la démesure du ciel lumineux et ouateux. Le nuage qui le traverse rétablit l’équilibre des masses colorées dominées par le plan clair qui s’étend à presque toute la surface.

 

Dans L’été de 1914, le regard de l’enfant a changé. Il est maintenant attisé par le sentiment d’une nouvelle conscience de lui-même. Une certitude mêlée de gravité anime le garçon de dix ans, détaché de son père qui a disparu de la scène et de sa mère qui s’échappe du plan pictural à droite. C’est en 1914 que la peinture se révèle à Lemieux, précisément à l’hôtel Kent House qui apparaît en haut à gauche. Cet été-là, sa rencontre avec un artiste américain dénommé Parnell lui ouvre les portes d’un nouveau monde.

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