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The Aftermath / La ville détruite 1968

The Aftermath / La ville détruite 1968

Jean Paul Lemieux, The Aftermath / La ville détruite, 1968
Huile sur toile, 50,5 x 136 cm 
Collection particulière

Dans ses œuvres de maturité, Jean Paul Lemieux observe la ville avec méfiance. Il la condamne aux maisons désertées de La nuit à Québec-Ouest, 1964 ou aux façades des maisons emmurées de L’été à Montréal, 1959. En fait, Lemieux n’a jamais été un citadin dans l’âme. À l’arrivée de la belle saison, il a hâte de se réfugier à L’Isle-aux-Coudres où il peut se consacrer entièrement à la peinture après avoir pris sa retraite de l’enseignement en 1965.

 

Pourtant, le peintre est fasciné par l’espace urbain, mais sa fascination ne repose plus sur la beauté et le charme que représentait à une autre époque la ville de Québec, dont la transformation cause son désenchantement : « L’affreuse uniformité de l’âge de la machine s’étend et anéantit tout ce qui conférait à Québec son caractère unique parmi les villes d’Amérique. »

 

Art Canada Institute, Jean Paul Lemieux, Quebec City Is Burning (Québec brûle), 1967
Jean Paul Lemieux, Québec brûle, 1967, huile sur toile 53,5 x 178 cm, Musée national des beaux-arts du Québec, Québec.

Puissante métaphore de la modernisation, la ville contemporaine est la cause, selon Lemieux, d’une perte d’humanité : « Je me suis toujours méfié de la technique, des scientistes. Un jour, grâce à toutes leurs inventions, ils feront sauter la Terre! ». La détresse du peintre s’incarne, à la fin des années 1960, dans des visions apocalyptiques où la ville n’est plus seulement un décor accueillant ou l’un des personnages de la scène, mais dans lesquelles elle tient le premier rôle. Ainsi, dans Québec brûle, 1967, la ville est la proie des flammes. Dans Aftermath / La ville détruite, le centre-ville est dévasté par une attaque nucléaire et laissé à l’abandon. La rue principale est envahie de champignons atomiques menant le regard vers un horizon de tours grises qui s’élèvent dans l’atmosphère pollué des suites de la catastrophe.

 

Les premiers dessins que Lemieux fait à l’âge de huit ans du naufrage du Titanic représentent une source lointaine de cette iconographie du tragique. On en retrouve également un témoignage dans les illustrations qu’il conçoit, en 1931, pour le roman de science-fiction d’Emmanuel Desrosiers, La fin de la terre. Lemieux se réclame de Monsù Desiderio, pseudonyme de deux artistes œuvrant au début du dix-septième siècle, reconnus pour leurs peintures de ruines, de catastrophes, d’incendie et d’effondrements.

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