La courtepointe d’eau 1971

Joyce Wieland, La courtepointe d’eau, 1970–71

Joyce Wieland, The Water Quilt (La courtepointe d’eau), 1971
Assemblage de coton brodé et tissu imprimé, 134,6 x 131,1 cm
Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

La courtepointe d’eau est présentée pour la première fois lors de l’exposition Véritable amour patriotique, au Musée des beaux-arts du Canada en 1971. Wieland la qualifie de courtepointe, mais bien qu’il s’agisse manifestement du fruit d’un travail minutieux, l’œuvre, dans laquelle les pages d’un livre sont dissimulées, se distingue nettement du couvre-lit traditionnel. La surface de cet assemblage de tissu est délicate et décorative en raison de sa couleur blanc cassé et des petites fleurs brodées qui ornent ses soixante-quatre carrés de coton. Chacune de ces fleurs représente fidèlement une espèce de fleur arctique – et l’exactitude scientifique est importante. Lorsqu’on soulève un des carrés de tissu par le bas, on découvre une page de texte imprimé. Ces pages sont extraites du livre de James Laxer, The Energy Poker Game: The Politics of the Continental Resources Deal, publié en 1970.

 

Art Canada Institute, Joyce Wieland, detail of The Water Quilt, 1970–71
Joyce Wieland, La courtepointe d’eau (détail), 1970-1971, tissu brodé et assemblage de tissu imprimé, 134,6 x 131,1 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto.

L’ouvrage de Laxer porte sur l’avenir des ressources naturelles canadiennes. L’auteur y critique le projet d’entreprises américaines (d’aussi loin qu’en Californie) qui veulent mettre la main sur l’eau douce de l’extrême nord du Canada pour la détourner vers le sud de la frontière. Wieland est apparemment si alarmée par cette possibilité de vente d’« eau en vrac », comme le veut l’euphémisme, qu’elle demande à Laxer la permission d’intégrer le livre dans son œuvre. À cette époque, elle sympathise avec le Waffle, le groupe nationaliste le plus à gauche du Nouveau Parti démocratique. Laxer est cofondateur du Waffle, ainsi qu’un des auteurs du Manifesto for an Independent Socialist Canada, publié par le groupe.

 

Wieland illustre ici des fleurs fragiles pour évoquer la menace écologique qui pèse sur le Nord, tout en établissant un lien avec la question de la souveraineté nationale. Cette façon de comprendre et de représenter le paysage est unique parmi les artistes de l’époque. La courtepointe d’eau est aussi considérée comme un objet profondément interdisciplinaire du fait que s’y recoupent la connaissance scientifique (les spécimens botaniques représentés), l’économie (l’analyse de Laxer) et l’esthétique.