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Champ de blé 1936

Champ de blé 1936

Paraskeva Clark, Wheat Field (Champ de blé), 1936

Huile sur toile, 63,6 x 76,5 cm

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Quand Clark arrive d’Europe, elle déplore que l’art de son nouveau pays ne soit que « paysages, paysages, paysages ». Pourtant, au cours des années suivantes, elle produit elle-même plus de paysages que de natures mortes, de portraits ou de tableaux à caractère social, ces derniers lui valant sa réputation actuelleDouglas Duncan (1902-1968) achète Champ de blé, sans doute à l’occasion de la première exposition individuelle de Clark à la Picture Loan Society en 1937.

 

Clark peint Champ de blé dans les environs d’Inglewood, en Ontario, à quelques kilomètres au nord-ouest de Toronto. En effet, la famille commence à fréquenter les collines de Caledon vers 1934, et la région reste source d’inspiration pour Paraskeva jusqu’au début des années 1950. Cette même année, d’ailleurs, elle propose Caledon Farm in Spring (Ferme de Caledon au printemps), 1945, à Sampson-Matthews pour son projet de sérigraphies.

 

Art Canada Institute, Carl Schaefer, Wheat Field, Hanover, 1936
Carl Schaefer, Wheat Field, Hanover (Champ de blé, Hanover), 1936, huile sur toile, 68,9 x 94,1 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Le tableau démontre une compréhension des masses, et les formes y sont modelées au moyen de la couleur. Car Clark ne dessine pas avec la peinture : elle sculpte. Et de ce fait, son paysage au champ de blé est plus consistant que la vue peinte la même année par son ami Carl Schaefer, peut-être dans une sorte de dialogue entre membres d’une même communauté artistique. Le paysage de Paraskeva doit aux théories de la perspective de son professeur Kouzma Petrov-Vodkine (1878-1939) l’horizon et le point de vue en hauteur. Le ciel est réduit à une fine bande tout en haut de la toile. Celui de Schaefer, en revanche, occupe près du tiers du tableau, ce qui, combiné au champ piqué de petits coups de pinceau saccadés, rend le paysage plus léger, plus aéré. Les deux champs, cultivés, évoquent l’intervention de l’homme sur la terre. Celui de Clark est accompagné d’une ferme et d’un sentier, tandis que celui de Schaefer décrit le gerbage du blé et toute la main-d’œuvre nécessaire. Clark adapte parfaitement sa formation russe à un sujet canadien.

 

Le critique Graham McInnes (1912-1970), qui vante volontiers le travail de Paraskeva, met cette toile en valeur dans un article didactique écrit pour le numéro d’août 1937 de Canadian Forum. Appuyant sa démonstration sur Champ de blé, il y explique comment Clark interprète Paul Cézanne (1839-1906). « La structure solide de la terre sous le sol cultivé qui en épouse chaque ondulation », tout comme les distances et le chatoiement du feuillage au cœur de l’été se lisent grâce aux formes simplement façonnées par l’application de la couleur. Un an auparavant, dans Art Digest (New York), cette fois, McInnes a rendu hommage à Clark qui a, selon lui, enrichi la scène canadienne de sa sensibilité naturelle et de son habileté à concevoir les relations plastiques.

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