Femme et enfant à la tête aplatie v. 1849-1852

Femme et enfant à la tête aplatie v. 1849-1852

Paul Kane, Femme et enfant à la tête aplatie, Caw-wacham, v. 1849-1852

Huile sur toile, 75,9 x 63,4 cm

Musée royal de l’Ontario, Toronto

 

Du vivant de Kane, Femme et enfant à la tête aplatie, Caw-wacham est un de ses tableaux les plus célèbres; il s’agit également d’une de ses œuvres les plus controversées. On y voit une femme tenant un enfant dont la la tête est en cours de remodelage; le profil de la femme nous montre le résultat de cette procédure traditionnelle. Inspirée par sa rencontre des peuples autochtones de la vallée du fleuve Columbia, cette image composite est basée sur des aquarelles distinctes de membres de deux ou trois tribus différentes : les Cowlitz (l’enfant), et les Songhees ou les Salish de la côte sud (la femme). Kane ne mentionne aucunement le processus de remodelage de la tête dans son journal de voyage, mais aborde la question dans son livre Promenades d’un artiste parmi les Indiens de l’Amérique du Nord, précisant que la tête « plate » représente « une marque distinctive de liberté ».

 

Art Canada Institute, Paul Kane, Heads of Clatsop Indians, from Original Journals of the Lewis and Clark Expedition, 1804–1806 (1905)
William Clark, Têtes d’Indiens clatsops, de Original Journals of the Lewis and Clark Expedition, 1804-1806 (1905). Le dessin de Clark nous montre un enfant en train de subir la procédure de remodelage de la tête, de même qu’un vieillard, un jeune homme et une femme qui ont tous la tête aplatie.

Compte tenu de toute l’attention et la controverse suscitées par cette peinture, il peut sembler ironique que Kane y représente le dispositif servant à aplatir la tête en position élevée plutôt que sur le crâne de l’enfant, comme on peut l’observer dans des illustrations de la procédure produites à des fins plus documentaires, telles que le croquis réalisé en 1806 par William Clark (1770-1838), qui montre un enfant dont la tête est en cours de remodelage.

 

Les réactions suscitées par Femme et enfant à la tête aplatie au dix-neuvième siècle abordent tant les considérations esthétiques qu’ethnographiques. Lorsque Kane expose la peinture (qui porte alors simplement le titre de « Croquis d’une Chinouke ») dans la catégorie des portraits lors de la Upper Canada Provincial Exhibition de 1852, on l’apprécie autant pour les couleurs du paysage en arrière-plan que pour le fait qu’il s’agit d’un « trait représentatif des coutumes indiennes ». Toutefois, l’intérêt durable suscité par cette œuvre est principalement attribuable à ses références ethnographiques. Il ne fait aucun doute que la toile est exposée lors de la rencontre de mars 1855 du Canadian Institute, où a lieu une lecture du texte de Kane intitulé « Les Indiens chinouks », lequel comprend une description de la procédure de remodelage de la tête. Cette conférence est accompagnée d’une exposition d’artefacts culturels chinouks, d’un crâne et de « plusieurs admirables huiles sur toile, réalisées par M. Kane ». Femme et enfant à la tête aplatiesert également d’inspiration pour une image créée par Daniel Wilson (1816-1892), un ami de Kane, qui signera une critique de son livre Promenades d’un artiste. Wilson réalise sa propre image composite pour le frontispice de son livre Prehistoric Man, employant le même croquis à l’aquarelle d’un enfant cowlitz et un autre, réalisé par Kane, d’une femme clallam en train de tisser un panier.

 

De nos jours, les commentaires portant sur cette œuvre sont plus critiques. L’historienne de l’art Heather Dawkins aborde Femme et enfant à la tête aplatie dans une perspective postcoloniale, prenant Kane à partie en raison du point de vue impérialiste victorien que reflète son absence totale d’égard pour les distinction entre peuples autochtones. Compte tenu du fait que l’artiste exploite le thème de « la mère et de l’enfant » à une époque où la culture occidentale fait preuve d’un respect croissant envers les enfants, Dawkins remet en question les raisons pour lesquelles Kane choisit de dépeindre cette coutume. S’agit-il d’une vision romantique de la vie autochtone ou d’une critique intentionnelle de leur culture?

 

 

 

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