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Le style et la technique de Shuvinai Ashoona évoluent depuis qu’elle a commencé à dessiner il y a vingt-cinq ans, à tel point que son art est unique parmi les artistes inuits. Shuvinai se consacre presque exclusivement au dessin, à l’exception de quelques gravures. Elle utilise avec brio le stylo-feutre, le crayon et le crayon de couleur, et relève le défi de s’attaquer à des formats variés : petits ou grands, verticaux, horizontaux ou tridimensionnels. Les collectionneurs, les conservateurs et les amateurs d’art de partout dans le monde aiment son trait fluide et fantaisiste, ses teintes exubérantes et ses thèmes imaginatifs.

 

 

Dessins monochromes

Aux Ateliers Kinngait, haut lieu de la sculpture et de la gravure, le dessin devient la discipline de prédilection d’un grand nombre d’artistes inuits de la troisième génération. Avec son imagination débordante, son style unique et sa technique des plus personnelles, Shuvinai Ashoona est un des pivots de cette innovation. Shuvinai ne reçoit aucune formation, pas plus d’ailleurs que les artistes des deux générations qui l’ont précédée, notamment Kenojuak Ashevak (1927-2013), Pitseolak Ashoona (v. 1904-1983) et Napachie Pootoogook (1938-2002). Elle perfectionne sa technique en travaillant aux côtés de ses aînés dans les ateliers de la West Baffin Eskimo Co-operative, une méthode classique d’apprentissage par l’observation. Il y a un échange entre les artistes débutants et les plus expérimentés qui se regardent et s’imitent mutuellement jusqu’à ce que les jeunes trouvent leur propre style et deviennent des mentors à leur tour.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Landscape with Grass, 1996
Shuvinai Ashoona, Landscape with Grass (Paysage avec de l’herbe), 1996, crayon feutre noir sur papier vélin ivoire, 25,5 x 33,2 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Low Tide, 1994
Shuvinai Ashoona, Low Tide (Marée basse), 1994, crayon-feutre noir sur papier vélin ivoire, 33 x 51,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

Les premières œuvres de Shuvinai qu’achète la coopérative datent de 1993. Ce sont de petits paysages de Kinngait en noir et blanc où l’on reconnaît la toundra rocailleuse, la végétation dispersée, les maisons et des points de repère locaux. Dessinées avec délicatesse et économie d’un trait fin à l’encre noire, ces vues sont souvent représentées à vol d’oiseau. Sur un de ses premiers dessins répertoriés, Community (Village), 1993-1994, on distingue des bâtiments détaillés dans l’environnent naturel de Cape Dorset.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Rock Landscape, 1998
Shuvinai Ashoona, Rock Landscape (Paysage aux rochers), 1998, crayon-feutre noir sur papier vélin ivoire, 33 x 25,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

La pratique de Shuvinai change à la fin des années 1990. Son trait est plus nerveux, plus dense, et elle commence à produire un effet de profondeur dans les paysages au moyen de hachures. À la même époque, elle délaisse quelque peu Kinngait et son environnement physique : dans des paysages surréels, Shuvinai crée des compositions intégrant des labyrinthes souterrains, des escaliers, des tunnels et des cavernes qui dévoilent un habitat réparti sur différents niveaux. On remarque les hachures minutieuses et le paysage en strates, notamment dans Rock Landscape (Paysage aux rochers), 1998. Ces œuvres chargées psychologiquement sont beaucoup plus sombres que ses dessins en noir et blanc du début de la décennie.

 

Pourtant, parallèlement à cette production de dessins denses, Shuvinai crée aussi des images moins travaillées et probablement plus joyeuses où elle intègre des formes et des membres humains dans des scènes fantastiques, comme Discombobulated Woman (Femme désarticulée), 1995-1996. Tout en explorant un vocabulaire visuel plus vaste, Shuvinai tempère ses compositions plus imaginatives et surréelles avec des paysages à l’encre, comme l’œuvre monochrome postérieure Composition (Tent Surrounded by Rocks) [Composition (Tente au milieu des pierres)], 2004-2005.

 

La variété des styles et des techniques des œuvres de jeunesse de Shuvinai font foi de son désir de faire des expériences et d’apprendre. Elle développe sa maîtrise du dessin en se limitant à l’encre noire et à l’espace négatif sur la page. Son style qui témoigne d’une assurance exceptionnelle lui permet de commencer à utiliser un stylo-feutre noir très fin, souvent sans même le lever de la feuille jusqu’à ce qu’elle ait presque achevé sa composition. Une œuvre monochrome plus récente, All Kinds of Spiders in Different Views (Toutes sortes d’araignées de différents points de vue), 2011, à la composition complexe et aux détails élaborés, démontre que l’artiste maîtrise à fond cette technique.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, All Kinds of Spiders in Different Views, 2011
Shuvinai Ashoona, All Kinds of Spiders in Different Views (Toutes sortes d’araignées dans les différents points de vue), 2011, crayon-feutre noir sur mine de plomb sur papier vélin, 83 x 125 cm; image : 72,7 x 114,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

 

Introduction de la couleur

Shuvinai Ashoona ajoute de la couleur à ses dessins à partir du début des années 2000, surtout au moyen de crayons de couleur qui lui permettent plus de flexibilité. Elle commence par appliquer des teintes vives sur certaines zones concentrées du dessin, pour mettre en relief et ponctuer ses compositions accomplies à l’encre. Un des premiers exemples nous est donné dans Composition (Community with Six Houses) [Composition (Hameau de six maisons)], 2004-2005, où elle incorpore des habitations bleues et roses dans un paysage étagé noir et blanc très détaillé. Dès qu’elle commence à explorer cette technique, Shuvinai développe rapidement une compréhension poussée de la palette et ses dessins s’emplissent de couleurs.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Audience, 2014
Shuvinai Ashoona, Audience (Auditoire), 2014, encre et crayon de couleur sur papier, 91,4 x 161,3 cm, Feheley Fine Arts, Toronto.

Dans Composition (QAMAQ), 2006, le crayon apporte de la couleur à la silhouette d’une tente en peau de phoque plantée sur la toundra rocheuse, délicatement tracée au feutre noir fin. De douces teintes de gris, de brun et de vert recréent avec justesse la profondeur subtile des tonalités de la fourrure. En gagnant de l’assurance avec la couleur, Shuvinai joue d’audace avec du mauve ou du lime, du bleu-vert, du rouge vif et plus encore.

 

Il est intéressant d’analyser la représentation des êtres humains dans les compositions de Shuvinai réalisées depuis le début des années 2000. Les personnages partagent une large palette. Par exemple, on reconnaît dans le public d’Audience (Auditoire), 2014, des gens très différents. L’éventail des couleurs de peau, de cheveux et d’yeux reflète la diversité ethnique que l’artiste a découverte en regardant la télévision qui fait entrer le monde entier chez elle, et à Iqaluit et Kinngait qui deviennent des communautés de plus en plus multiculturelles. Ces représentations deviennent pour Shuvinai la façon de refléter la réalité ethnique du monde moderne.

 

 

Éléments textuels

Shuvinai Ashoona parle et écrit couramment l’anglais et l’inuktitut. D’ailleurs, elle utilise les alphabets latin et inuktitut dans certaines œuvres, mais pas sur des étiquettes ou des titres, contrairement à Napachie Pootoogook ou Pudlo Pudlat (1916-1992) qui décrivent souvent leurs dessins. Dans les œuvres de Shuvinai, les mots font partie de la composition et les éléments textuels ajoutent une complexité additionnelle.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Holding Shirts, 2015
Shuvinai Ashoona, Holding Shirts (Personnes montrant des chandails), 2015, encre et crayon de couleur sur papier, 62,5 x 233 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

 

Composition (Egg in Landscape) [Composition (Œufs dans un paysage)], 2006, est un bel exemple d’intégration du texte. Ce dessin représente deux œufs dans un nid d’herbes; sur l’un d’eux est écrit en anglais : « They shall have seven colours of hair and for the first time lie to the purple linen. I will always find out why.… » (« Ils auront sept couleurs de cheveux différentes et pour la première fois, ils mentiront au tissu mauve. Je decouvrai toujours pourquoi… »). Les caractères syllabiques inuktituts sur l’autre œuf signifient : « Où allons-nous, qui sommes-nous? Des pensées? Un cerveau. Je me demande s’il s’ouvrira. Comment cracher. » Dans une langue comme dans l’autre, le message est à la fois lyrique et énigmatique. 

 

Dans ses dessins, Shuvinai utilise la langue de manière poétique et prophétique. On ignore pourquoi elle intègre parfois du texte dans son œuvre, mais il donne aux spectateurs un point de vue rare pour observer à la fois sa démarche artistique et son état d’esprit.

 

 

Superpositions

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Earth Surrounded by Drawings, 2012
Shuvinai Ashoona, Earth Surrounded by Drawings (La Terre entourée de dessins), 2012, encre et crayon de couleur sur papier, 50,8 x 66 cm, collection particulière. Dans ce dessin dont les éléments sont habilement superposés, on pourrait croire que la Terre elle-même présente ses œuvres au spectateur.

Les dessins inuits traditionnels sont des représentations bidimensionnelles d’un paysage ou d’une activité. L’artiste dispose des éléments sur une surface picturale plate sans tenir compte de la perspective ou de la profondeur. Souvent, les éléments de la composition sont placés côte à côte ou éparpillés sur la feuille de papier. La composition des premiers dessins à l’encre de Shuvinai était similaire, mais elle développe rapidement un processus pour superposer les images dans ses compositions.

 

Cette technique est très visible dans Three Cousins (Trois cousines), 2005, où l’on reconnaît Shuvinai en compagnie d’Annie Pootoogook (1969-2016) et de Siassie Kenneally (née en 1969). Chacune présente un de ses dessins au spectateur. 

 

Shuvinai illustre souvent ce thème de l’artiste exhibant une œuvre, par exemple dans Composition (Self-Portrait) [Composition (Autoportrait)], 2005; Composition (Showing Drawings at the Co-op) [Composition (Présentation de dessins à la coop)], 2008; et Artists Indoors Holding Outdoor Drawing (Des artistes à l’intérieur qui montrent des paysages extérieurs), 2010. Des artistes des générations précédentes ont fait de même. Un de ces dessins les plus célèbres est The Critic (Le critiqueur), 1963, réalisé par Pitseolak Ashoona, la grand-mère de Shuvinai. On y voit des artistes qui présentent leurs œuvres à une personne qui les critique ou les achète. Dans Trois cousines, qui est en quelque sorte un portrait de famille, Shuvinai identifie les artistes par leurs œuvres. Siassie Kenneally tient le dessin d’une tête de poisson, une de ses nombreuses représentant de la nourriture servant à la préparation de soupes ou de ragoûts, tandis qu’Annie Pootoogook exhibe le dessin de ciseaux et que Shuvinai montre une version d’une femme qui tient le dessin d’une femme. Ici, Shuvinai utilise la technique par strates pour illustrer un thème du quotidien, mais ironiquement, elle joue avec l’élément commercial de la production artistique à Cape Dorset.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Artists Indoors Holding Outdoor Drawing, 2010
Shuvinai Ashoona, Artists Indoors Holding Outdoor Drawing (Des artistes à l’intérieur qui montrent un paysage extérieur), 2010, encre et crayon de couleur sur papier, 50,2 x 64,8 cm, collection de Judy Schulich and David Stein.
Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Composition (Shuvinai in the Co-op Studio), 2003
Shuvinai Ashoona, Composition (Shuvinai in the Co-op Studio) [Composition (Shuvinai dans l’atelier de la coop)], 2003, encre et crayon sur papier, 50,8 x 66 cm, collection de Barry Appleton.

 

Le directeur des Ateliers Kinngait, William Ritchie (né en 1954), a lancé une technique en proposant aux artistes de l’atelier d’utiliser des objets du quotidien isolés pour symboliser une activité. Annie Pootoogook utilise souvent cette technique, notamment pour Kijjautiik (Scissors) [Kijjautiik (Ciseaux)], 2007, et Coleman Stove with Robin Hood Flour and Tenderflake (Réchaud Coleman, farine Robin Hood et Tenderflake), 2003-2004. Shuvinai explore aussi cette technique, quoique très brièvement. School Bus (Autobus scolaire), 2007, par exemple, représente le transport des enfants de Cape Dorset pour aller à l’école. Un gros autobus scolaire orangé domine l’image et par les vitres, on aperçoit les visages des passagers.

 

Ce dessin et d’autres illustrent que Shuvinai fait l’essai de la technique présentée par Ritchie, mais elle préfère les compositions combinant plusieurs objets, et souvent des couleurs inhabituelles et de façons qui diffèrent des représentations des autres artistes du Nord. Toutefois, les thèmes sous-jacents de la famille, de la communauté et des rapports au territoire figurent toujours dans ses compositions. Comme l’écrit le conservateur Bruce Hunter : « Shuvinai a intuitivement le sens de la composition et les éléments reposent toujours solidement dans la nature. Ses mondes constituent une métaphore flottante et colorée pour le centre de la vie familiale qui est positionné sur un axe dans l’espace et maintenu en place par un réseau galactique d’ancres et de supports qui partent de la communauté élargie pour s’étirer au-delà. »

 

 

Au-delà du cadre

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Untitled (Eden), 2008
Shuvinai Ashoona, Sans titre (Éden), 2008, crayon de couleur, crayon-feutre noir et mine de plomb sur papier vélin, 237 x 116,5 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.
Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Composition (This Is My Coat of Many Colours), 2006
Shuvinai Ashoona, Composition (This Is My Coat of Many Colours) [Composition (Voici mon manteau multicolore)], 2006, encre et crayon de couleur sur papier, 101,6 x 33 cm, collection d’Edward J. Guarino.

Grâce au soutien et aux encouragements des Ateliers Kinngait, Shuvinai élargit sa pratique en essayant de nouveaux formats. Composition (Overlooking Cape Dorset) [Composition (Cape Dorset vu d’en haut)], 2003, est sa première expérience et sa première tentative pour réaliser un dessin à grande échelle de Cape Dorset. Pour ce faire, elle épingle plusieurs feuilles de papier ensemble pour étendre la surface où elle représentera sa vision d’une vue aérienne. L’usage de papier grand format à Kinngait est relativement récent, soit depuis 2006 environ. Shuvinai s’adapte rapidement au nouveau format et s’avère très habile pour remplir de grandes surfaces picturales avec beaucoup de détails, comme on le voit avec Sans titre (Éden), 2008, et Sans titre (Amauti jaune), 2010. Toutefois, la réalisation de telles œuvres est complexe et prend beaucoup de temps puisque Shuvinai utilise presque exclusivement le crayon de couleur.

 

L’atelier encourage aussi Shuvinai à explorer le dessin sur un long format rectangulaire. Elle réalise donc une série de portraits verticaux, dont Composition (This is My Coat of Many Colours) [Composition (Voici mon manteau multicolore)], 2006, un rare autoportrait qui la représente vêtue de son manteau préféré orné de rayures colorées; ainsi que Priest (Prêtre), 2006, un long portrait vertical d’un pasteur non identifié. D’autres portraits verticaux représentent des personnes qu’elle a rencontrées ou vues à la télévision, mais, comme le prêtre, elles sont rarement identifiées. Ces portraits transmettent parfois un message social, comme Carrying Suicidal People (Le transport des suicidés), 2011, et Oh My Goodness, 2011, qui traitent respectivement du taux de suicide effarant dans la communauté de Kinngait et des conséquences troublantes du tsunami de 2011 au Japon. Parfois, Shuvinai utilise la feuille dans le sens horizontal. Dans In The Gallery (Dans la galerie), 2009, Shuvinai représente une scène d’une exposition dans le Sud où ses œuvres sont exposées parmi d’autres.

 

À l’insistance de l’atelier, Shuvinai fait aussi des expériences avec des dessins tridimensionnels. Elle réalise un dessin unique au crayon et à l’encre, intitulé Composition (Cube), 2009, qui forme un cube quand il est assemblé, et dont le Musée des beaux-arts de l’Ontario fait l’acquisition. Récemment, elle réalise aussi des dessins tridimensionnels de pyramides.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Composition (Cube), 2009
Shuvinai Ashoona, Composition (Cube), 2009, crayon de couleur et encre noire sur papier, 41,9 x 39,4 x 39,4 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto.
Art Canada Institute, Brad van der Zanden, photograph of Kevin Hearn’s guitar with Shuvinai Ashoona's drawings, 2016
La guitare de Kevin Hearn ornée de dessins de Shuvinai Ashoona, 2016, photographie : Brad van der Zanden.

 

En 2008, le musicien Brad van der Zanden, qui est aussi le directeur de Feheley Fine Arts, offre de fabriquer une guitare pour un vieux client et collectionneur d’art inuit : Kevin Hearn, membre des Barenaked Ladies. Hearn propose qu’un artiste dessine sur l’instrument et van der Zanden envoie plusieurs guitares aux Ateliers Kinngait. Comme l’explique ce dernier : « Quand j’ai reçu les six premiers instruments du Nord, nous avons donné le premier choix à Kevin et nous la lui avons offerte. Les artistes qui ont décoré les guitares étaient Qavavau [Kavavaow Mannomee], Shuvinai, Jutai [Toonoo] et Ningeokuluk [Teevee]. Shuvinai et Tim [Pitsiulak] semblent avoir aimé ce projet plus que les autres artistes. Nous en avons donc fait plusieurs dans les années qui ont suivi. En tout, j’ai fabriqué à la main dix-huit instruments qui ont été ornés par différents artistes de Cape Dorset et de ce nombre, Shuvinai a orné six guitares, deux basses et trois ukulélés. »

 

Hearn choisit une des guitares comportant une œuvre de Shuvinai. Il rencontre l’artiste à la galerie Feheley Fine Arts en 2012, et renoue avec elle deux ans plus tard lors d’un voyage à Cape Dorset. Dans la chanson qu’il lui dédie sur son récent album solo Walking in the Midnight Sun, il écrit : « Shuvinai went walking by the frozen sea, looking at things that were invisible to me / Creatures by the floe edge and on the ancient trail… When she speaks to me, though I try to understand, it’s like trying to catch water in my hand. » (« Shuvinai est partie marcher au bord de la mer gelée, regarde des choses invisibles à mes yeux / Des créatures au bord de la banquise et sur l’ancien sentier […] Quand elle me parle, j’essaie de comprendre, mais c’est comme essayer d’attraper de l’eau dans ma main. »)

 

 

Gravure

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Handstand, 2010, coloured pencil and ink on paper
Shuvinai Ashoona, Handstand (En équilibre sur les mains), 2010, crayon de couleur et encre sur papier, 76 x 56 cm, Dorset Fine Arts, Toronto.
Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Handstand, 2010, stonecut and stencil
Shuvinai Ashoona, Handstand (En équilibre sur les mains), 2010, gravure sur pierre et pochoir, tirée par Qiatsuq Niviaqsi, 86,3 x 62 cm, Dorset Fine Arts, Toronto.

Depuis 1959, la West Baffin Eskimo Co-operative produit une Collection annuelle d’estampes qui comprend de trente à soixante images. Elles sont vendues aux galeries commerciales et aux institutions par l’entremise de Dorset Fine Arts (DFA) depuis 1978. La division de la coopérative qui se charge de l’art et de l’artisanat porte le nom d’Ateliers Kinngait depuis 2005 environ. Il s’agit du plus ancien atelier de gravure toujours en activité au Canada et il emploie certains des techniciens en gravure les plus talentueux au monde. Depuis de nombreuses années, des amateurs enthousiastes collectionnent les estampes de l’atelier et de nombreux tirages des séries annuelles sont épuisés.

 

Vingt-neuf estampes basées sur des dessins de Shuvinai Ashoona ont fait partie de la Collection annuelle d’estampes entre 1997 et 2016. La lithographie, technique de prédilection de Shuvinai, conserve la trace de l’artiste, tandis que dans le cas de la gravure sur pierre, une autre technique prisée par les artistes de Cape Dorset, les graveurs redessinent tout. Selon William Ritchie (né en 1954), le directeur des Ateliers Kinngait : « L’artiste dessine toujours les images-clés sur les plaques, la pierre ou le mylar. C’est ce qui fait la beauté de cette technique. »

 

Un nombre relativement restreint de gravures de Shuvinai ont fait partie de la collection annuelle de Cape Dorset jusqu’en 2016, et elles ne se vendent pas aussi bien que celles de certains autres artistes de Kinngait. On pourrait expliquer cette situation par le fait que ses dessins sont plus détaillés que la plupart des gravures plus populaires avec leurs images abstraites ou emblématiques. Shuvinai remplit souvent la totalité de la feuille de détails complexes difficiles à transposer en gravure sur pierre ou en lithographie. En outre, ses thèmes non traditionnels ne sont généralement pas ce que les amateurs de gravures inuites souhaitent inclure dans leur collection.

 

Ritchie l’explique ainsi : « Je pense qu’il y a un marché différent pour ses dessins. [Ces collectionneurs] sont plus audacieux et ne cherchent pas des stéréotypes. C’est amusant que lorsque les gens vantent l’esthétique de Dorset, ils citent Shuvinai en exemple. J’adore son travail. J’adore Scary Dream (Rêve effrayant), 2006, et il a vraiment fallu que je me batte pour que Dorset Fine Arts l’inclue dans la collection. J’adore aussi son œuf vert où flottent des outils, une belle lithographie et un exemple réussi du travail de Shu et de l’expertise du graveur. » Ritchie parle ici de Egg (Œuf), 2006, une des rares estampes de Shuvinai Ashoona qui a fait partie de la série cette année-là. On y voit un œuf vert foncé au centre de la page, la pointe vers le haut. Il est couvert de motifs d’outils qui se répètent : des ulus (un couteau réservé aux femmes), d’autres types de couteaux et des marteaux qui sont reliés pour former un motif sur la surface de l’œuf. Les outils servent peut-être simplement à casser l’œuf pour faire venir au monde une nouvelle vie.

 

Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Scary Dream, 2006
Shuvinai Ashoona, Scary Dream (Rêve effrayant), 2006, lithographie, 69,2 x 56,5 cm, Dorset Fine Arts, Toronto.
Art Canada Institute, Shuvinai Ashoona, Egg, 2006
Shuvinai Ashoona, Egg (Œuf), 2006, lithographie, 60,96 x 43,18 cm, Dorset Fine Arts, Toronto.

 

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