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Regardez l’homme sans Dieu 1955

Regardez l’homme sans Dieu 1955

William Kurelek, Behold Man Without God (Regardez l’homme sans Dieu), 1955

Aquarelle sur carton, 108,5 x 72,5 cm

Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Art Canada Institute, William Kurelek,
William Kurelek, Behold Man Without God #4(Regardez l’homme sans Dieu no 4), 1973, huile sur panneau, 95,9 x 59,1 cm, Winnipeg Art Gallery.

Regardez l’homme sans Dieu combine des éléments provenant de deux périodes distinctes de la vie de Kurelek : avant sa conversion au catholicisme, lorsqu’il vit en Angleterre, et après sa conversion, une fois rentré au Canada. L’œuvre reçoit son titre après que l’artiste se soit converti au catholicisme en 1957 et constitue son premier tableau didactique et emphatiquement religieux. Sa structure encombrée et son imagerie sadique affichent également une affinité avec certaines de ses œuvres précédentes, telles que Le labyrinthe, 1953, et I Spit on Life (Je crache sur la vie), v. 1953-1954. La mêlée de figures monstrueuses, fourmillant dans un environnement qu’elles partagent, reflète également le contact direct qu’a eu Kurelek avec l’imagerie de Jérôme Bosch  (v. 1450-1516), de Pieter Bruegel (1525-1569) et d’autres artistes de la Renaissance nordique durant son périple européen en 1952.

 

Dans la section supérieure du tableau, deux armées, l’une née d’une colonie de fourmis souterraine, et l’autre, d’une ruche géante, se font face dans une guerre incessante. Au second plan, une foule de personnes – animées et se tenant bien droites, à gauche, mais accablées par le poids de leurs lourds fardeaux, à droite – écoute un orchestre de cochons. Menés par un singe comme chef d’orchestre, les cochons performent L’hymne à la joie de Beethoven. Les vers de cette ode à la parenté humaine universelle, écrits par Friedrich Schiller, sont gravés sur une tablette géante et contrastent puissamment avec les multiples actes d’agression qui composent Regardez l’homme sans Dieu.

 

L’avant-plan cauchemardesque du tableau contient des moments personnels plus concrets ou allégorisés évoquant la jeunesse de Kurelek, dont plusieurs scènes dans lesquelles son père, Dmytro, apparaît comme un chef de corvée sadique. Dans l’une, il a une longue langue fourchue. Dans une autre, il presse sa botte dans le dos d’un petit garçon sous les yeux d’un manège sinistre d’enfants menottés.

 

Kurelek se représente aussi à différentes reprises dans le tiers inférieur du tableau. À droite, il se montre luttant avec le serpent de la libido freudienne ou comme l’unique et pitoyable acteur du « William Kurelek Theatre » (« Théâtre William Kurelek »). À gauche, dans un coin sombre, il se représente comme un enfant abandonné et comme une carcasse de rat ballonnée. Le rat est allongé sur le dos sous une page déchirée du second acte de Hamlet, dans lequel le protagoniste décrit les être humains comme « this quintessence of dust » (« cette quintessence de poussière »).

 

Comme il l’a fait avec Le labyrinthe et quelques autres œuvres plus tardives, Kurelek a ensuite complété au moins quatre versions subséquentes de Regardez l’homme sans Dieu.

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