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Voici Donna 1987

Voici Donna, 1987

Mary Pratt, This Is Donna (Voici Donna), 1987
Huile sur toile, 185,4 x 106,7 cm
Galerie d’art Beaverbrook, Fredericton

En 1996, Mary Pratt se rappelle sa rencontre avec Donna Meaney en 1969 comme « presque l’un des jours les plus importants de [sa] vie ». Pratt la voit pour la première fois lors d’une danse à l’école secondaire locale, Our Lady of Mt. Carmel. On lui avait demandé de choisir la reine de la Saint-Valentin et une élève, Meaney, « sautait aux yeux comme une lumière », écrit Pratt. « Son plaisir de danser remplissait son corps, et ses yeux, bien qu’enfoncés, se plissaient dans l’intimité souriante du rythme. La choisir s’imposait. »

 

Meaney est invitée chez les Pratt pour aider aux tâches ménagères et pour s’occuper des enfants. Elle finit par vivre avec eux pendant trois ans, à partir de ses dix-sept ans. Elle pose pour Christopher, et plus tard, pour Mary. Cette dernière réalise son premier tableau de la série Donna à partir de diapositives prises par son mari, faisant partie d’un carrousel qu’il lui a donné car il ne comptait pas les utiliser. Plus tard, Mary commence à prendre les photos elle-même.

 

Diapositive 35 mm utilisée comme source pour Girl in my Dressing Gown (Fille dans mon peignoir), 1981
Diapositive 35 mm utilisée comme source pour Girl in my Dressing Gown (Fille dans mon peignoir), 1981, photographie de Christopher Pratt.
Mary Pratt, Girl in my Dressing Gown (Fille dans mon peignoir), 1981
Mary Pratt, Girl in my Dressing Gown (Fille dans mon peignoir), 1981, huile sur masonite, 152,4 x 76,2 cm, collection privée.

Mary achève son premier tableau de la série Donna, Girl in Wicker Chair (Fille dans une chaise en osier), 1978, près de dix ans après la prise de la diapositive source. « Quand je l’ai peint, raconte Pratt, j’étais consciente que [Donna] regardait Christopher, pas moi. » Au cours de ses années comme modèle auprès de Christopher, Donna devient sa maîtresse et, bien qu’elle en soit consciente, Mary ne les confronte pas. Elle peint plutôt. Carol Bishop-Gwyn suggère que Mary aurait peut-être tenté de « peindre l’objet du désir de son mari mieux que son mari ne pouvait le faire. » 

 

Pratt raconte à propos de ces peintures qu’elle tente de comprendre ce que les hommes trouvent érotique dans les représentations des femmes. Tom Smart écrit : « en utilisant ce qu’elle voyait comme la forte présence sexuelle de Donna, Pratt voulait explorer le concept de la sexualité féminine comme muse érotique des hommes et cherchait particulièrement à comprendre la muse érotique de son mari. »

 

L’image à l’origine de Voici Donna, 1987, provient d’une séance de photos que Christopher a faite avec Donna lors de sa seconde période de vie chez les Pratt. Elle avait quitté leur maison à l’âge de vingt ans pour vivre une relation avec un homme qui s’est finalement retrouvé en prison. Elle s’est alors installée à Halifax pour s’occuper du chien de cet homme, lequel a choisi de retourner auprès de sa femme légitime après sa libération. Mary témoigne, « elle est venue nous voir. Je pense qu’elle nous considérait comme ses parents. Elle était malheureuse. » Mary ajoute : « [sur la photo, Donna a un] regard froissé et boudeur auquel je ne m’attendais pas. Une fois de plus, elle regardait Christopher. Ce n’était pas l’image que j’avais en tête, mais je l’ai acceptée quand même. » 

 

La puissance de Voici Donna provient en grande partie de l’ambiguïté du regard. Comme le déclare Pratt, « ce qui s’est passé entre eux, ça les regarde. » Néanmoins, le tableau en dit beaucoup : la tension est assurément palpable. Il est clair que l’artiste entretient une relation complexe avec son sujet, bien que la nature exacte de cette relation demeure un mystère.