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Enfant nourrissant des écureuils vers les années 1940

Enfant nourrissant des écureuils, vers les années 1940

Maud Lewis, Child Feeding Squirrels (Enfant nourrissant des écureuils), vers les années 1940
Huile sur carton-pâte, 29,7 x 29,3 cm
Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, Halifax

Pendant les vingt années qui ont précédé son mariage, Maud Lewis a peint des cartes de souhaits qu’elle vendait de porte à porte à Yarmouth. Ce tableau d’un enfant qui nourrit des écureuils fait le lien entre ces cartes et les paysages qu’elle a commencé à peindre après avoir emménagé avec son mari Everett dans sa minuscule maison de Marshalltown. Réalisées au début des années 1940, ces images donnent une idée de ce à quoi ses œuvres ont pu ressembler dans les années 1920 et 1930.

 

Maud Lewis, Fishing Schooner in the Bay of Fundy (Goélette de pêche dans la baie de Fundy), s.d., huile sur panneau, 29,8 x 35,6 cm, collection de CFFI Ventures Inc. (rassemblée par John Risley).
Maud Lewis, Feeding the Horses (Nourrir les chevaux), s.d., huile sur carton-pâte, 22,7 x 30,7 cm, collection privée.

Dans ses premières œuvres, Lewis a tendance à copier des éléments de l’imagerie des cartes de vœux et d’autres médias de l’époque. Enfant nourrissant des écureuils est une composition complexe dont l’avant et l’arrière-plan sont bien définis. Elle est certainement inspirée d’une image source (les vêtements de l’enfant, les boutons qui longent son pantalon, ses sabots et le foulard sur sa tête révèlent que la source est éloignée des comtés de Digby ou de Yarmouth). Les nombreuses lignes courbes de cette œuvre – la branche en saillie, la ligne de la rive du lac, la colline en arrière-plan, la position accroupie de l’enfant – suggèrent aussi une stratégie de composition plus sophistiquée que celle que l’on voit habituellement dans les tableaux de Lewis. Avec les années 1950 et 1960, ses peintures sont de moins en moins détaillées, mais nous voyons par une telle œuvre qu’elle n’a pas toujours travaillé ainsi : son œuvre évolue alors qu’elle développe son style unique.

 

L’arthrite de Lewis est progressive et ses capacités physiques s’amenuisent au fil des années. Son style se développe tant pour surmonter ces handicaps qu’en réponse à la demande de son public. Dans Enfant nourrissant des écureuils, les aplats de couleur dans l’herbe et dans l’eau et le traitement des conifères sont des éléments qui deviendront récurrents dans les compositions ultérieures de Lewis, comme Fishing Schooner in the Bay of Fundy (Goélette de pêche dans la baie de Fundy), s.d.; il en va de même des couleurs de l’automne que l’on voit dans des œuvres telles que Feeding the Horses (Nourrir les chevaux), s.d.

 

Le style pictural de Lewis a évolué grâce à un processus de simplification qui consiste à réduire le nombre d’éléments dans l’image pour ne garder que ceux nécessaires à exprimer son intention. Le tableau Enfant nourrissant des écureuils, composé de plusieurs éléments différents, est conçu pour que l’œil se déplace dans l’image. Cette stratégie de composition, courante dans les illustrations de livres, les magazines et les documents commerciaux éphémères, est presque assurément un vestige de l’image source plutôt que le résultat d’une stratégie consciente propre à l’artiste. N’ayant pas reçu de formation officielle, Lewis compose d’abord par imitation, puis grâce à sa propre compréhension intuitive du sujet. Cette œuvre, quoiqu’en apparence plus sophistiquée que plusieurs de ses images ultérieures, est surtout intéressante en tant que trace des origines de sa production de maturité. Si l’artiste avait continué à peindre dans la même voie, il est peu probable que son art aurait suscité de l’intérêt, car il s’agit essentiellement de copie plutôt que de création.