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Après la tempête 1917

Tom Thomson, Après la tempête, 1917

Tom Thomson, Après la tempête (After the Storm), 1917

Huile sur bois, 21,5 x 26 cm

Collection privée

Ce puissant petit panneau est l’un des derniers, sinon le dernier tableau de Thomson. Il apporte plusieurs indices manifestes qui donnent raison à Harold Town (1924-1990), selon qui Thomson aurait progressé s’il avait vécu plus longtemps : « Au moment de sa mort, Thomson, pris entre deux feux, se tenait en équilibre au-dessus du gouffre séparant le figuratif et le non-figuratif. Aurait-il réussi à le franchir, cela relève de la pure hypothèse mais, quant à moi, je reste persuadé qui aurait atteint l’autre côté. »

 

Alors que la guerre fait rage en Europe, l’atmosphère est chargée d’appréhension artistique, de bouleversements, de peur que tout s’écroule et d’attrait de l’inconnu. La première décennie du siècle inaugure déjà un ordre nouveau : en physique (Albert Einstein), en musique (Igor Stravinsky), en danse (Vaslav Nijinski), en peinture (Pablo Picasso) et en sculpture (Constantin Brancusi), pour ne citer que quelques perturbations notoires. L’émergence de l’abstraction contamine alors déjà l’air du temps dans le monde occidental.

 

Art Canada Institute, Tom Thomson, Après la tempête, 1917 (détail)
Tom Thomson, Après la tempête, 1917 (détail). Lorsqu’observée de très près, l’application large et épaisse de la peinture dans ce paysage devient pure abstraction.

Le marché de l’art est peut-être inactif durant la guerre, mais le conflit mondial fait germer de nouvelles idées hardies chez les artistes, qui entraînent une profonde transformation des modes d’expression. Le Canada est un satellite à plusieurs égards, mais Thomson est plus de son temps que ses collègues. Lawren Harris (1885-1970), J. E. H. MacDonald (1873-1932), A. Y. Jackson (1882-1974) et Arthur Lismer (1885-1969) sont des hommes intelligents, curieux et ambitieux, mais lents à sentir le changement radical qui s’opère alors dans l’art occidental. Thomson y réagit déjà, sans toutefois savoir exactement de quoi il s’agit.

 

Lorsqu’on agrandit Après la tempête au point où le paysage embrouillé se fond dans les traits de matière picturale, on voit une pure abstraction. Compte tenu de la brièveté et de la nature sporadique de sa formation artistique, Thomson a dû intégrer ses nouvelles connaissances rapidement, de manière aléatoire et frénétique. On ne s’étonne donc pas qu’il puisse avoir pensé à l’abstraction au moins une dizaine d’années avant que Harris s’y consacre finalement corps et âme.

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