Autorisation 1969

Autorisation 1969

Michael Snow, Autorisation, 1969

Épreuves argentiques instantanées (Polaroïd 55) et ruban adhésif sur miroir dans un cadre de métal, 54,5 x 44,5 cm

Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Considérée parfois à tort comme un autoportrait, Autorisation est mieux comprise comme une mise en scène de l’acte photographique. L’œuvre consiste en un miroir encadré sur lequel Snow a posé du ruban adhésif gris, qui forme un rectangle proportionné pour contenir quatre polaroïds. L’œuvre achevée en comprend cinq, le cinquième fixé dans le coin supérieur gauche. L’emploi du procédé polaroïd n’est pas une coïncidence. Avant la photographie numérique, le polaroïd est l’appareil photo des résultats quasi instantanés. La réalisation d’Autorisation est alors fonction de la capacité de Snow à voir l’image qu’il vient tout juste de prendre et à l’intégrer immédiatement dans l’œuvre.

 

Art Canada Institute, Michael Snow, Nine Polaroid Portraits of a Mirror, 1967, by William Anatasi
William Anastasi, Neuf portraits polaroïd d'un miroir, 1967, épreuve argentique instantanée, 36,8 x 28,6 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York / Art Resource, NY.

Snow place l’appareil photo droit devant le miroir, son reflet centré dans le cadre de ruban adhésif. L’appareil photo devient donc le sujet, l’artiste son opérateur. Regardant à travers l’objectif et se concentrant sur l’image dans le miroir, il prend une première photo qu’il monte dans le coin supérieur gauche du rectangle fait de ruban adhésif. L’image de l’appareil photo-sujet est floue, car Snow a enfreint une règle de base en photographiant l’image dans le miroir : il faut faire le foyer sur la surface du miroir (le ruban ou le cadre) et non sur le reflet. Alors qu’il procède par étape au remplissage du rectangle, l’appareil photo et son opérateur deviennent encore plus flous; ils disparaissent dans l’œuvre en cours. Le polaroïd dans le coin supérieur gauche est l’image du rectangle rempli. L’effacement de l’homme et de la machine est virtuellement complet.

 

Les interprétations d’Autorisation insistent avec raison sur son exposition du processus photographique comme commentaire sur la représentation photographique. Snow a fait plusieurs œuvres dans cette veine, comme d’autres artistes qu’il ne connaissait pas, notamment le conceptualiste américain William Anastasi (né en 1933) : son Nine Polaroid Photographs in a Mirror (Neuf photos polaroïd dans un miroir), 1967, aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art de New York, a presque, mais pas tout à fait, le même programme complexe qu’Autorisation. L’emploi du ruban adhésif par Snow pour faire valoir le plan pictural — le champ d’action et ses frontières — et la polysémie du sujet lance Autorisation sur sa propre voie. D’abord présentée dans son exposition à la Biennale de Venise de 1970, Autorisation est vantée pour son autonomie et sa réflexivité : le contenu de cette œuvre photographique est purement et simplement l’histoire de sa création. L’œuvre est alors vue comme un prolongement logique des tableaux de Snow sur la peinture — par exemple Lac Clair, 1960 —, et le Musée des beaux-arts du Canada en fait l’acquisition pour sa collection d’art contemporain canadien, la première œuvre photographique à être désignée comme telle.

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