En Télécharger le livre Tous les livres d’art Accueil

Sans titre (Canada Ouest) et Sans titre (Canada Est) 1942-1943

Alfred Pellan, Sans titre (Canada Ouest) et Sans titre (Canada Est), 1942-1943

Alfred Pellan, Sans titre (Canada Ouest), 1942-1943

Gouache sur toile montée sur panneau de bois, 208,5 x 322 cm
Collection des arts visuels d’Affaires mondiales Canada, Ottawa

Alfred Pellan, Sans titre (Canada Ouest) et Sans titre (Canada Est), 1942-1943

Alfred Pellan, Sans titre (Canada Est), 1942-1943 

Gouache sur toile montée sur panneau de bois, 208,2 x 322,3 cm
Collection des arts visuels d’Affaires mondiales Canada, Ottawa

En 1942, Jean Désy, ambassadeur du Canada au Brésil, commande à Alfred Pellan une paire d’œuvres destinées à la salle de réception de l’ambassade canadienne à Rio de Janeiro. Premières des nombreuses murales publiques de l’artiste, ces deux compositions dépeignent des paysages imaginaires qui renvoient à la côte Ouest et la côte Est du Canada. Sans titre (Canada Ouest) impressionne par ses montagnes imposantes de couleur blanche, bleue et verte qui contrastent fortement avec le ciel dominé de rouge et bleu. Dans le coin inférieur droit, une métropole industrialisée s’élève avec les vestiges du palais néo-classique gouvernemental de Winnipeg. L’arrière-plan de Sans titre (Canada Est) se compose de collines bleues, de champs rouges et verts traversés de chemins blancs et roses, ainsi que de petites maisons en bleu et blanc. Un grand lac de couleur mauve s’étend au centre du tableau, tandis que d’abruptes falaises ocres tirent le regard vers la droite. Au premier plan, représentés par Pellan dans une palette de couleurs fantastiques, figurent notamment un ours, un orignal et un castor – des animaux associés au territoire canadien.

 

Alfred Pellan peignant l’Ouest canadien, panneau de la murale de la Légation canadienne à Rio de Janeiro, 1942, photographie non attribuée.

Étant donné que l’art mural participe à un espace architectural donné, et parfois même le modifie, la spécificité au site en est une caractéristique essentielle; les artistes doivent tenir compte du contexte structurel du bâtiment dans lequel la murale va s’inscrire. Cependant, au lieu de peindre directement sur le mur, suivant l’approche traditionnelle de l’art mural, Pellan crée des panneaux décoratifs de grande envergure qui en couvrent toute l’étendue. Un peu comme des portails, elles transportent au pays la personne qui les contemple. Toutefois, ni Sans titre (Canada Est) ni Sans titre (Canada Ouest) ne désigne un lieu spécifique ou réel; ces œuvres sont plutôt une interprétation personnelle d’aspects emblématiques de la nation. Elles sont le résultat de « l’esprit de quelqu’un qui aime avec ferveur la terre qu’il peint : ses hommes, ses bêtes et son ciel. Exposées dans un bâtiment qui représente le Canada à l’étranger, les murales de Pellan ont pour but de conceptualiser le pays; en cela, elles doivent inclure des éléments (animaux, symboles, paysages) facilement reconnaissables comme étant « canadiens ».

 

Pendant de nombreuses années, les peintures murales de Pellan ont occupé une place de choix au-dessus du bureau de la réception de l’édifice Lester B. Pearson à Ottawa, où elles ont été installées en 1973, quand la reine Elizabeth a inauguré le bureau-chef de ce qui s’appelait alors le ministère des Affaires étrangères. Toutefois, en 2011, John Baird, qui supervisait le ministère, a troqué les paysages fantaisistes contre un portrait photographique de la reine, saisi en 2002. Comme l’a fait remarquer un porte-parole de Baird à l’époque, ce changement s’inscrivait dans le cadre d’une célébration de la monarque au cours de l’année précédant son jubilé de diamant et coïncidait avec une visite au pays du duc et de la duchesse de Cambridge. Quatre ans plus tard, en 2015, Sans titre (Canada Est) et Sans titre (Canada Ouest) ont retrouvé leur place sur les murs du ministère nouvellement rebaptisé Affaires mondiales Canada – ce changement signale implicitement l’intérêt renouvelé pour la mise en valeur de l’identité distinctive du Canada en tant que nation à part entière, et non simplement en tant que membre du Commonwealth britannique. Dans l’expression de cette idée, la vision unique du mythe national que compose Pellan a joué un rôle capital.