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Église amérindienne 1929

Emily Carr, Église amérindienne, 1929

Emily Carr, Indian Church (Église amérindienne), 1929
Huile sur toile, 108,6 x 68,9 cm
Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto

Dans Église amérindienne, une des œuvres les plus importantes de Carr, un mur d’arbres touffu enserre le temple que Carr peint d’un blanc éclatant qui contraste vivement avec la forêt sombre. L’église paraît toute petite contre cet arrière-plan, symbolisant à la fois l’incursion et la vulnérabilité des nouvelles croyances introduites par les colons. Pour l’artiste, la modeste structure érigée par la tribu Nuu-chah-nulth de la communauté Yuquot, symbolise l’assimilation hybride du christianisme par les Premières Nations, qu’elle considère comme une version sympathique de sa propre foi. Comme s’il s’agissait d’une chronophotographie, la petite croix au faîte du clocher semble tomber pour se multiplier et former l’amas de croix qui marquent les tombeaux des morts. Ces croix rappellent à la fois une assemblée de fidèles et l’échec de la mission de l’Église. Les murs aveugles de l’édifice et l’absence de détails architecturaux créent une autre « balise », évoquant une structure monolithique et inhabitable. L’interprétation de Carr dévoile la solitude et l’impossibilité de la mission : les branches de l’arbre s’inclinent lourdement ou s’élèvent avec puissance de la partie inférieure du tableau comme pour démontrer l’invraisemblance d’un lieu de rencontre situé entre deux forces spirituelles radicalement différentes.

 

Art Canada Institute, Emily Carr, Indian Church, 1929
Cette église située à Yuquot est probablement celle qui sert d’inspiration à Église amérindienne, 1929. Carr simplifie et allonge le petit bâtiment dans sa composition.

En 1929, Carr longe la côte ouest de l’île de Vancouver en bateau à vapeur. Elle séjourne au village mowachaht de Yuquot où elle fait des croquis de la petite église catholique. Peindre un lieu de culte représente une nouvelle orientation philosophique pour l’artiste : lors de ses précédents voyages, elle ne s’était pas intéressée aux églises de mission bâties dans les villages autochtones de la région, mais plutôt aux modes d’expression spirituels propres aux autochtones.

 

En 1930, Église amérindienne est exposée à la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada) à Ottawa, à l’occasion de la Fifth Annual Exhibition of Canadian ArtLawren Harris achète le tableau et l’accroche chez lui en déclarant qu’il s’agit de la meilleure œuvre de Carr. Huit ans plus tard, elle est choisie pour A Century of Canadian Art (Un siècle d’art canadien) à la Tate Gallery à Londres, une exposition que le futur gouverneur général du Canada Vincent Massey qualifie de « démonstration de peinture et de sculpture canadiennes des plus représentatives, couvrant toutes les écoles et toutes les périodes ».

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