En 1956, le peintre de l’abstraction canadienne Paul-Émile Borduas (1905-1960) – leader du groupe montréalais les Automatistes – décrit ce tableau comme son « premier tableau entièrement non préconçu » et « l’un des signes avant-coureurs de la tempête [du mouvement] automatiste qui monte déjà à l’horizon ». À ses yeux, un tableau automatiste n’est pas préconçu; il n’est pas le résultat d’une action planifiée d’avance, ayant en vue un résultat à obtenir ou une fin à atteindre. Comme il le dit lors d’une entrevue à Radio-Canada en 1950 : « Il m’est arrivé des quantités de fois […] que des gens parfaitement sympathiques me disent : “Monsieur Borduas, j’aime beaucoup vos choses, j’aime beaucoup la couleur. Seulement, je ne comprends pas.” Et je suis obligé de leur répondre très honnêtement : “Je ne comprends pas plus que vous. Ce que vous cherchez dans le tableau, je le cherche moi aussi. Vous cherchez le sujet de ce tableau-là, je l’ignore autant que vous” ».

 

Paul-Émile Borduas, Abstraction verte, 1941
Huile sur toile, 26 x 36 cm
Musée des beaux-arts de Montréal

Autrement dit, l’artiste n’a aucune préconception de ce que sera son tableau avant de le commencer, et même sa signification inconsciente lui échappe. Ce n’est que le tableau fini qui peut faire l’objet d’une interprétation parfois signifiée dans le titre (bien que ce ne soit pas le cas ici) ou dans les échanges à son propos avec des amis ou des connaisseurs.

 

Cette rubrique en vedette est tirée de l’ouvrage Paul-Émile Borduas : sa vie et son œuvre écrit par François-Marc Gagnon.

 

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