Chat noir, une estampe relativement tardive de Alex Colville (1920-2013), se distingue par son intégration de plusieurs thèmes chers à ce peintre de la côte Est : le rôle de l’artiste, la dichotomie entre les mondes humain et animal, et la précarité de l’ordre face au temps et au chaos. Peut-être plus que toute autre œuvre, Chat noir aborde l’usage que fait Colville de la géométrie pour créer l’ordre et évoque la fragilité intrinsèque de cette construction.

 

Alex Colville, Chat noir, 1996

Alex Colville, Black Cat (Chat noir), 1996
Sérigraphie sur papier, édition de 70, 36 x 36 cm, Galerie d’art Owens, Université Mount Allison, Sackville

Dans cette œuvre, l’artiste regarde directement le spectateur, la moitié inférieure de son visage cachée par un chat qui joue avec une règle triangulaire devant lui sur une table. Les animaux, dans les peintures et les estampes de Colville, servent de faire-valoir aux êtres humains. Ils ne cherchent pas à trouver un sens ou des réponses. Comme le remarque Tom Smart, pour Colville, « le chat est l’emblème de l’ignorance. » La règle est peut-être le point central de la composition, mais pour le chat noir, sa fonction n’a pas d’importance — c’est un objet pour jouer. 

 

La totale altérité du chat déstabilise la structure géométrique sous-jacente assurant la cohésion de cette image de Colville et de toutes les autres — l’ordre est tout simplement non pertinent dans l’univers du chat. Pour l’artiste, cependant, cette géométrie que symbolise la règle est un outil pour créer l’ordre à partir du chaos, faire surgir la certitude là où règne le mystère, et transformer l’ignorance en connaissance.

 

Cette rubrique en vedette est extraite de Alex Colville : sa vie et son œuvre par Ray Cronin.

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