Jock Macdonald (1897-1960) peint son premier tableau semi-abstrait en 1934, Colour Activity (Composition chromatique). Il a décrit l’expérience comme étant transformatrice : « J’ai peint la toile … sans m’arrêter… j’étais en extase ». En 1938, après trois ans de travail intensif en quête d’une manière d’exprimer « l’essence de la vie » à travers ce qu’il a appelé ses « modalités » ou « formes-idées », Macdonald propose quatre œuvres complètement abstraites – Aurore (Matin de mai), v.1937, Rain (Pluie), Hiver et Chrysanthèmes, tous trois de 1938 –, à la British Columbia Society of Fine Arts, en vue d’une exposition présentée à la Vancouver Art Gallery. Celles-ci choquent sans doute de nombreux visiteurs; bien des critiques vancouvérois se disent d’ailleurs dépassés par le modernisme et l’art du Groupe des Sept.
Plus à l’est de Toronto, une exposition internationale d’art moderne organisée par la Société Anonyme – un groupe de la ville de New York promouvant l’art moderniste – pour le Brooklyn Museum a été montée à la Art Gallery of Toronto (Aujourd’hui le Musée des beaux-arts de l’Ontario) et profondément critiquée en 1927. Cette année-là, une exposition de ce que l’artiste canadien Bertram Brooker (1888-1955) a appelé ses peintures « monde et esprit » a été présentée au Toronto’s Arts & Letters Club – la première exposition solo de peintures non figuratives et abstraites tenue au Canada. Sans surprise, la réponse des critiques a été négative. Même au Québec, où le modernisme a été défendu, Paul-Émile Borduas (1905-1960) n’a pas exposé sa première œuvre automatiste avant 1942.

Huile sur toile, 56 x 46 cm, collection particulière
Macdonald, qui est le premier artiste de Colombie-Britannique à exposer des toiles abstraites, est donc surpris de l’accueil plutôt favorable que suscite son œuvre. En juillet 1938, son tableau semi-abstrait Pilgrimage (Pèlerinage), 1937, a été choisi par la Galerie nationale du Canada (aujourd’hui le Musée des beaux-arts du Canada) à Ottawa pour l’exposition A Century of Canadian Art (Un siècle d’art canadien), que le musée organisait alors pour la Tate Gallery londonienne. En 1939, les tableaux Pluie, 1938, et Flight (Envol), 1939, sont présentés dans l’exposition du Groupe des peintres canadiens à l’Art Gallery of Toronto et Hiver est sélectionné pour l’Exhibition of Canadian Art (Exposition d’art canadien) à l’Exposition universelle de New York.
Au fil du temps, Macdonald devient un maître de l’art abstrait. Après son déménagement à Toronto, son enseignement joue un rôle déterminant dans l’ouverture du milieu artistique canadien à l’art non figuratif. Plusieurs de ses anciens étudiants ont été des chefs de file en matière de lutte pour la reconnaissance de l’abstraction. En 1952, Alexandra Luke (1901-1967), qui a étudié à Banff la peinture automatique avec Macdonald, organise la Canadian Abstract Exhibition (Exposition d’œuvres abstraites canadiennes), la première exposition nationale consacrée à la peinture abstraite canadienne.

Huile sur toile, 55 x 45,6 cm, Collection McMichael d’art canadien, Kleinburg
En plus de son influence pédagogique, Macdonald a été l’un des fondateurs de Painters Eleven, un groupe d’artistes dédiés à l’abstraction. Lorsque le groupe est invité à participer à la 20th Annual Exhibition of American Abstract Artists (Vingtième exposition annuelle des artistes abstraits américains) au Riverside Museum de New York, en avril 1956, leurs œuvres reçoivent surtout des éloges des critiques américains, et la pièce de Macdonald, Twilight Forms (Formes crépusculaires), 1955, a été reproduite dans le magazine Time.

Huile sur toile, 56 x 45,9 cm, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto
Macdonald est cependant contrarié par le fait que le succès du groupe à New York ait été pratiquement ignoré par les critiques canadiens qui supportaient pourtant le travail des artistes québécois pratiquant l’abstraction. Il s’indigne du fait que, lors de sa conférence au Riverside Museum, l’historien de l’art et conservateur Jean-René Ostiguy (1925-2016) s’en tienne à « parler uniquement des artistes abstraits canadiens-français […] dans la salle même où les œuvres du groupe Painters XI étaient exposées ». Soucieux de remettre les pendules à l’heure, Macdonald écrit à l’artiste Maxwell Bates (1906-1980), qui écrivait alors un artiste sur lui, pour lui expliquer que ses propres explorations dans le domaine de l’abstraction précèdent celles de Borduas, tout en reconnaissant que Bertram Brooker et Lawren Harris (1885-1970) ont « ouvert la voie ».

Photographie de Bob Cowans
À partir de la gauche : Jock Macdonald, M. B. Kesserling (vice-consul canadien), Nettie S. Horch (directrice, Riverside Museum, New York), Alexandra Luke, Jack Bush, Helen Ronald et William Ronald
À la fin des années 1950, la situation évolue à Toronto et au Canada anglais, et l’art abstrait commence à s’imposer. L’article de Bates, publié dans Canadian Art en 1957, confirme l’importance de Macdonald. Comme l’écrit le critique québécois Rodolphe de Repentigny lors de l’exposition du groupe Painters Eleven à Montréal, « à peine trois ou quatre ans ont passé [depuis leur première exposition] que déjà l’on considère les Onze comme des peintres [établis] ».

Lucite 44 sur toile, 106,7 x 122,1 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Les dernières années de sa vie, Macdonald est reconnu pour cinq expositions individuelles tenues à Toronto – à la Hart House Gallery en 1957, à la Park Gallery en 1958, au Arts & Letters Club en 1959, et à la Here and Now Gallery en 1960. Il est transporté de joie lorsque l’Art Gallery of Toronto propose de lui consacrer une rétrospective en 1960. Dans les formidables œuvres abstraites de ses dernières années, Macdonald a réussi dans sa volonté de transcender le matériel pour atteindre au spirituel.Il écrit à Bates : « Les critiques ont été très élogieux à l’égard de mon travail, les artistes semblent aussi l’avoir apprécié et le public s’y est fortement intéressé. »
Cet essai est extrait de Jock Macdonald : sa vie et son œuvre par Joyce Zemans.
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