Au cours de sa carrière, le paysagiste canadien Tom Thomson (1877-1917), un contemporain du Groupe des Sept, réalise non moins de 400 petites huiles. Il les exécute sur panneaux de bois, cartons entoilés, contreplaqués et couvercles de boîtes de cigares, dans le style des artistes qui peignent en plein air : ces œuvres sont spontanées et exécutées rapidement. Elles sont pour lui comme des dessins – le mode le plus direct et le plus intime pour exprimer une idée, une pensée, une émotion ou une sensation. Inspirées de divers phénomènes – couchers de soleil, orages et aurores boréales – observés par Thomson dans le parc Algonquin et dans les environs de la baie Georgienne, ces œuvres sont un journal visuel unique.

Le cheminement artistique de Thomson n’a pas toujours été linéaire. La prise en considération de ses quelque 400 esquisses énergiques, et variées dans leur ensemble, nous permet de retracer certaines tendances dans son œuvre. Collines dévastées par le feu est une élégie mouvementée et chaotique à ce qui était autrefois une forêt mature : la réaction de Thomson face aux ravages provoqués par le feu. Les troncs calcinés des arbres qui tiennent à peine, tels des squelettes inertes, rappellent constamment le feu et la destruction. Dans la moitié inférieure de la composition, la matière picturale se déverse sur les rochers et autres troncs et branches brûlés telle une cascade vertigineuse. Des rouge sang, des bleus, des gris cendré et des blancs s’entrechoquent violemment pour compléter cette expression de confusion et de désordre. Pourtant, dans Le marécage aux atocas les conventions traditionnelles du paysage qui caractérisent ses premières œuvres commencent à disparaître, ses teintes se font plus vibrantes, et bien que les sujets demeurent reconnaissables, ses compositions deviennent des champs de bataille où les couches de peinture s’entremêlent et s’affrontent.

Ces « dessins en peinture » ont longtemps été considérés comme le noyau de la production artistique de Thomson. Dans la plupart des cas, il ne s’agit pas d’études destinées à être reproduites en grand format, mais d’œuvres achevées en soi. Thomson se satisfait de ces petits joyaux, car, tout comme ses mentors J. E. H. MacDonald (1873-1932) et Lawren Harris (1885-1970), il est conscient qu’ils ne se transposeraient pas en grands formats sans perdre l’intimité qui les caractérise profondément. Une douzaine seulement, notamment The Jack Pine (Le pin), 1916-1917, et The West Wind (Le vent d’ouest), 1916-1917, feront l’objet de grandes toiles.

La série des Meules de Claude Monet (1840-1926) ou les grands collages d’Henri Matisse (1869-1954) remplissent la même fonction que les panneaux de Thomson : ils constituent une riche série de variations sur un même thème. Affichant un style similaire et une palette de couleurs d’une originalité étonnante, les esquisses sont créées dans un but bien précis et exécutées dans un court laps de temps. À un moment donné, Thomson exprime le désir de réaliser une esquisse à l’huile par jour; dans cette séquence, on peut voir le décor changeant du parc Algonquin au fil du temps et des saisons.

Huile sur bois, 21,7 x 26,9 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
En art canadien, les magnifiques gravures en couleur à la pointe sèche de David Milne (1882-1953) constituent un corpus cohérent d’œuvres connexes. En littérature, on pourrait donner l’exemple d’une suite de poèmes, comme les 154 sonnets de Shakespeare liés par les thèmes du chagrin d’amour, du désir et de l’incertitude, ou encore les Sonnets de la Portugaise d’Elizabeth Barrett Browning, soit 44 sonnets rédigés pour son mari, Robert. Les petits panneaux de Thomson sont comme des sonnets d’amour dédiés au paysage du parc Algonquin et à la nordicité.

Huile sur toile, 101,7 x 114,5 cm, Musée des beaux-arts de Montréal
Cet essai est extrait de Tom Thomson : sa vie et son œuvre par David P. Silcox.
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