William Notman (1826-1891) n’est pas seulement un pionnier de la photographie au Canada et l’un des artistes les plus importants au pays – son renom repose tout autant sur ses aptitudes commerciales. Ce fait ne devient que plus impressionnant après que l’on ait pris conscience que Notman arrive d’Ecosse en 1956, sans ressources financières accessibles et sans expérience photographique. En deux brèves années, son premier studio sur la rue Bleury prend de l’expansion dans un espace voisin beaucoup plus grand et élégant, et Notman déplace sa résidence du premier étage, en haut de son cabinet, à une demeure de la rue Sherbrooke. 

 

Notman & Sandham, Studio de William Notman, 17 rue Bleury, Montréal, v.1875

Notman & Sandham, Studio de William Notman, 17 rue Bleury, Montréal, v.1875
Sels d’argent sur papier, papier albuminé, 25 x 20 cm, Musée McCord

L’année 1858 marque un tournant dans sa carrière. La Compagnie du Grand Tronc le charge de photographier la construction du pont Victoria qui enjambera le fleuve Saint-Laurent. C’est un projet public de grande envergure et Notman ne rate aucune occasion de faire valoir sa participation. Il envoie des copies de ses photos à beaucoup de journaux et produit même une boîte commémorative en bois d’érable pour la reine Victoria en 1860. Les photographies sont montées dans deux portfolios luxueux, reliés en cuir et ornés de fermoirs en argent. Jamais timide dans la promotion de son image, Notman encourage une histoire populaire pour laquelle le ravissement de la reine est telle qu’elle le nomme « photographe de la reine ».

 

Notman & Sandham, Chambre de Notman et Sandham, hôtel Windsor, Montréal, 1878

Notman & Sandham, Chambre de Notman et Sandham, hôtel Windsor, Montréal, 1878
Sels d’argent sur papier monté sur papier, papier albuminé, 10 x 8 cm, Musée McCord

En 1860, Notman embauche le peintre de renom, John Arthur Fraser (1838-1898), pour diriger le service artistique de l’entreprise et le jeune Henry Sandham (1842-1910) pour le seconder. Le service est chargé de peindre les arrière-plans, de retoucher les négatifs, de découper les figures individuelles et de les coller en groupes composites, et de colorer les épreuves à la main. Le travail du service artistique devient partie intégrante de l’attrait du studio et de son avantage concurrentiel dans le marché.

 

William Notman, Canada East, portfolio de la boîte d’érable, 1859-1860

William Notman, Canada East, portfolio de la boîte d’érable, 1859-1860
76,2 x 91,4 x 5,1 cm, Musée McCord. Notman a produit deux de ces portfolios de photographies et de stéréogrammes reliés en cuir, chacun placé dans une boîte d’érable. L’une de ces boîtes a été offerte à la reine Victoria et l’autre est restée dans son studio de Montréal.

En 1864, le studio montréalais de Notman compte 35 employés, hommes et femmes, qui sont, entre autres, photographes, artistes, apprentis, assistants de studio et de chambre noire, réceptionnistes, teneurs de livres et adjoints à la salle d’habillage. Dans une certaine mesure, le travail au studio est réparti selon la classe, la compétence et le sexe. Ainsi, la préparation du papier et des négatifs de reproduction, un travail dur et salissant, est confiée aux femmes de classe ouvrière, tandis que les femmes de classe moyenne travaillent au service artistique pour monter et retoucher les photographies. Les livres comptables montrent que le personnel est rémunéré décemment et que Notman leur assure un emploi régulier même durant les périodes de difficultés financières. La loyauté dont fait preuve Notman envers ses employés et qu’il attend en retour est essentielle à l’essor de l’entreprise.

 

Page couverture du livret, Photography: Things You Ought to Know, de William Notman, après 1867

Page couverture du livret, Photography: Things You Ought to Know, de William Notman, après 1867
Encre et texte imprimé, 9,3 x 6,4 cm, Musée McCord. Commerçant futé et auto-publiciste, Notman s’assure que tout ce qui sort de son studio indique bien qu’il est « photographe de la reine ».

Dès le début du studio, Notman et ses photographes se déploient dans les territoires britanniques et dans le nord-est des États-Unis. Bien souvent, ils exécutent des commandes ou photographient des paysages pour ajouter à la collection grandissante qu’ils proposent aux touristes, aux habitants du coin et à d’autres studios. En 1868, un an après la Confédération, Notman ouvre un studio à Ottawa et crée bientôt des succursales et des partenariats à Toronto et Halifax, dont il confie habituellement la direction à un fidèle associé.

 

William Notman, Jeunes femmes de la salle de tirage de Notman, groupe de Mlle Findlay, Montréal, 1876

William Notman, Jeunes femmes de la salle de tirage de Notman, groupe de Mlle Findlay, Montréal, 1876
Sels d’argent sur papier monté sur papier, papier albuminé, 10 x 13 cm, Musée McCord. Ces femmes de la classe ouvrière préparent le papier et les négatifs de reproduction dans le studio de Notman.

Dans ses studios, Notman soigne ses employés talentueux et, pour les garder, leur offre des partenariats ou des postes de gestion dans ses succursales. Il confie à John Fraser la direction de sa succursale de Toronto, qu’il renomme Notman & Fraser. En 1872, il fera de Henry Sandham son associé dans le studio de Montréal, dont il changera le nom pour Notman & Sandham. Toujours à l’affût du nouveau et du possible, Notman obtient en 1869 la commande de produire les portraits des étudiants et des professeurs du collège Vassar dans l’État de New York. Il développe rapidement ce service et ouvrira des succursales saisonnières à Harvard et à Yale. À l’apogée de son empire dans les années 1880, vingt studios portent le nom de Notman.

 

Cet essai est extrait de William Notman : sa vie et son œuvre par Sarah Parsons.

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